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Carrefour du savoir Telfer

L’IA peut-elle sauver les organismes de sport canadiens? Un nouveau projet de recherche se penche sur la question


des jeunes enfants sur un banc de hockey

Partout au Canada, des organismes sportifs servent de piliers à la vie communautaire. Ils gèrent des ligues de hockey, des programmes de natation et des initiatives visant à promouvoir l’activité physique chez les jeunes, et permettent ainsi à des millions de personnes de rester actives et de tisser des liens entre elles. Or ces organismes, dont la plupart fonctionnent avec de petites équipes et des budgets serrés, doivent composer avec des pressions financières croissantes. Les compressions fédérales et la hausse des coûts d’exploitation obligent les responsables à trouver des solutions novatrices simplement pour poursuivre leurs activités. Pour plusieurs, l’intelligence artificielle s’impose comme une solution prometteuse qui demeure cependant très peu balisée.

C’est dans ce contexte que la professeure Milena Parent de l’École de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa, a reçu une subvention Savoir du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada pour son projet intitulé « From Surviving to Thriving: Responsible AI for Resource-Constrained Sport Organizations ». Le projet a également bénéficié d'un financement supplémentaire de la part de Sport Canada (Initiative de recherche sur la participation sportive).

La professeure Parent a reçu le "Distinguished Research Award” de la North American Society for Sport Management en 2026.

De l’apprentissage automatique à l’IA générative, les outils d’IA suscitent un fort engouement dans tous les secteurs, mais les organisations qui pourraient en avoir le plus besoin sont celles qui sont les moins bien outillées pour les utiliser en toute sécurité. Au Canada, le secteur sportif sans but non lucratif compte environ 33 600 organismes et contribue à hauteur de 6,1 milliards de dollars à l’économie nationale. Pourtant, la plupart de ces organismes fonctionnent avec des équipes composées de moins de 11 personnes et avec des budgets modestes; ils sont donc très vulnérables aux chocs financiers et aux risques associés à une adoption non encadrée des technologies. En raison de compressions budgétaires fédérales de 15 % et d’un manque à gagner de 104 millions de dollars dans le secteur, certains organismes ont été avertis qu’ils ne recevraient peut-être pas de fonds publics à l’avenir. Sans encadrement, l’adoption précipitée de l’IA risque d’éroder des valeurs importantes, d’approfondir les inégalités ou de nuire au respect de la vie privée des athlètes, en particulier celle des jeunes et des personnes mineures.

Établir une feuille de route sur l’IA avec le milieu du sport

L’équipe de recherche adopte une approche pratique appelée recherche-action canonique, qui consiste à collaborer avec des organismes sportifs sans but lucratif à l’échelle nationale, provinciale/territoriale et communautaire et à travailler à leurs côtés au lieu de les étudier de l’extérieur. Le projet s’inspire de la théorie de la gestion, de la recherche sur la transformation numérique et de la théorie institutionnelle. Il examine la façon dont les organismes qui doivent composer avec des priorités conflictuelles, comme l’engagement communautaire, les résultats sportifs et la survie financière, peuvent adopter l’IA de manière responsable.

Le projet comporte trois phases interreliées : un examen attentif du degré actuel de connaissance sur l’IA, de l’état de préparation et des avantages et risques dans les organismes participants; la co-création d’une boîte à outils sur l’IA fondée sur des données probantes, intégrant les valeurs organisationnelles, les principes éthiques et les pratiques exemplaires; une évaluation rigoureuse des impacts concrets de l’IA à l’échelle de l’organisme et à l’échelle du secteur. En étudiant l’adoption de l’IA dans un contexte où les ressources sont limitées et où les besoins des communautés sont particulièrement importants, ces travaux permettront de faire progresser les théories de la gestion et de l’IA. Ils définiront aussi une approche de la gouvernance de l’IA fondée sur des valeurs, que d’autres organismes à vocation sociale desservant des groupes vulnérables pourront utiliser.

Pourquoi ces travaux sont importants

Ces travaux tombent à point nommé. En effet, les organismes sportifs sans but lucratif ne se contentent pas d’organiser des matchs : ils veillent au bien-être des athlètes, favorisent la santé et l’inclusion, font vivre les collectivités et génèrent des retombées économiques et sociales à l’échelle du pays. Le secteur, qui doit composer avec un resserrement du financement fédéral et une pression de modernisation de plus en plus forte, a urgemment besoin d’un encadrement fondé sur des données probantes pour prendre des décisions éclairées et sûres en matière de technologie. Or la plupart des recherches sur l’IA portent sur de grandes sociétés à but lucratif qui peuvent compter sur leurs propres équipes techniques, et les petits organismes à vocation sociale sont laissés à eux-mêmes et ne peuvent bénéficier d’un encadrement adapté à leur réalité.

Le projet de la professeure Parent contribue à combler concrètement cette lacune, tant dans les milieux universitaires que dans les milieux de pratique. Il permettra aux universitaires de développer une meilleure compréhension théorique de la façon dont les outils technologiques véhiculent et transforment les valeurs organisationnelles, et de faire progresser les connaissances dans les domaines de la science de la gestion, de la gouvernance de l’IA et des études sur le secteur sans but lucratif. Pour les milieux de pratique, il produira des outils concrets et accessibles au public, notamment une boîte à outils sur l’IA, des directives relatives à sa mise en œuvre éthique et des ressources de formation destinées aux gestionnaires et décisionnaires du milieu sportif.

À long terme, les enseignements tirés du projet auront des retombées dans d’autres secteurs. Les organismes des milieux de la santé, de l’éducation, des arts et des services sociaux se heurtent en effet aux mêmes problématiques : budgets serrés, attentes élevées de la communauté et pression croissante pour adopter l’IA sans feuille de route claire. En donnant aux organismes sportifs sans but lucratif les connaissances et les ressources dont ils ont besoin pour agir de manière responsable, le projet pourrait permettre de réduire les risques liés à une adoption malavisée de l’IA, de renforcer la résilience organisationnelle dans divers secteurs et de définir, au Canada et ailleurs dans le monde, une nouvelle norme relative à une utilisation éthique des technologies axée sur la mission.

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