Les troubles de l’anxiété et de l’humeur périnataux (TAHP), qui comprennent notamment la dépression et l’anxiété pouvant survenir pendant la grossesse et jusqu’à un an après la naissance, figurent parmi les principales causes de morbidité maternelle dans le monde. Malgré une sensibilisation croissante à la santé mentale en milieu de travail, la santé mentale reproductive demeure largement ignorée par les employeurs et les responsables des politiques publiques.
C’est pourquoi la professeure Jennifer Dimoff de l’École de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa, a obtenu une subvention Savoir du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) pour son projet intitulé « Perinatal mood and anxiety disorders (PMADs) and employment: The intersection between work, reproductive mental health, and gender ».
Le projet
Ancré dans la théorie bioécologique des systèmes (Bronfenbrenner, 1979), la théorie des rôles sociaux (Eagly, 1987) et le modèle des exigences et des ressources au travail (Demerouti et coll., 2001), ce projet se situe à l’intersection de la psychologie de la santé au travail, des sciences de la gestion et de la recherche en santé reproductive. Il examinera comment les politiques organisationnelles, la culture du milieu de travail et les normes de genre influent à la fois sur l’apparition des TAHP et sur la trajectoire professionnelle des personnes touchées.
Bien que les TAHP soient répandus, les milieux de travail peinent encore à répondre aux besoins des personnes qui en sont atteintes. Selon des données récentes, 95 % des employeurs canadiens n’offrent aucune ressource en santé mentale adaptée aux situations liées à la santé reproductive, notamment la grossesse, la perte de grossesse, les traitements de fertilité et la période post-partum (Maven, 2024). Les personnes touchées, en particulier les femmes, mais aussi les partenaires, quel que soit leur genre, sont davantage exposées aux troubles de santé mentale non traités, aux interruptions de carrière et à la discrimination au travail.
Le projet combinera une analyse des politiques, des entrevues, une enquête longitudinale menée à l’échelle nationale ainsi que l’élaboration d’outils et de formations destinés aux milieux de travail afin de mieux comprendre les expériences des personnes touchées et de mieux les soutenir.
L’importance de la recherche
La santé mentale périnatale occupe une place croissante dans le débat public au Canada. En 2025, de nouvelles lignes directrices cliniques sur les TAHP ont été publiées et les initiatives législatives en la matière, notamment le projet de loi 204 en Colombie-Britannique, ont reçu un vaste appui public, une avancée sans précédent depuis plus de quarante ans (CBC, 2025; Vigod et coll., 2025). Pourtant, les répercussions des TAHP dans le monde du travail ont été très peu étudiées de façon systématique.
Cette recherche contribuera à combler cette lacune, tant dans les milieux universitaires que dans les milieux de pratique. Elle permettra également de mieux comprendre les interactions entre le genre, la stigmatisation, le contexte organisationnel et la santé mentale. Elle mènera à la création d’outils concrets et accessibles, notamment une trousse sur les politiques en milieu de travail, des ressources de formation destinées aux gestionnaires et au personnel des ressources humaines, ainsi que des recommandations à l’intention des syndicats et des responsables des politiques publiques.
En définitive, le projet vise à faire en sorte que les personnes touchées par les TAHP n’aient pas à choisir entre leur santé mentale et leur carrière. En fournissant aux organisations les connaissances et les ressources dont elles ont besoin, cette recherche pourrait contribuer à réduire la stigmatisation associée aux TAHP, à favoriser le maintien en emploi des personnes enceintes et de leurs partenaires, et à promouvoir des milieux de travail plus inclusifs et favorables à la santé au Canada.

