Les substances psychédéliques, associées à des cadres réglementaires stricts et à des stigmates historiques, font l’objet d’un débat médical et social important. Un réseau croissant de chercheuses et chercheurs a suscité un regain d’intérêt pour leur application dans le traitement des troubles mentaux résistants aux interventions cliniques conventionnelles.
En raison du contrôle strict de ces substances et de leur accès extrêmement limité, les professionnelles et professionnels de la santé partout au Canada constatent que pour aider les patientes et patients, ils mettent en jeu leur carrière et leur permis d’exercice.
Comment leur est-il possible de développer une expertise professionnelle et d’établir leur légitimité, lorsque leur travail se situe dans un entre-deux juridique et social?


Afin d’étudier cette zone grise et d’aider les praticiennes et praticiens à s’y retrouver, la professeure Madeline Toubiana, la doctorante Carolina Jiménez Peña et leur équipe ont reçu une subvention de développement de la recherche de Telfer pour leur projet intitulé « Psychedelic-assisted therapy: Occupational emergence under conditions of legal liminality ».
Bien que les substances psychédéliques restent largement interdites dans de nombreux pays, y compris au Canada, leur utilisation à des fins spirituelles et psychologiques est documentée dans diverses cultures autochtones. Récemment, l’émergence de la thérapie assistée par les psychédéliques, dans laquelle des professionnelles et professionnels de la santé utilisent des substances psychédéliques dans un cadre psychothérapeutique, s’est révélée prometteuse dans le traitement de troubles mentaux difficiles tels que le trouble de stress post-traumatique (TSPT) sévère et la dépression réfractaire au traitement.
Madeline Toubiana et son équipe examineront la « liminalité juridique », qui désigne la situation des praticiennes et praticiens qui évoluent dans une zone juridique aux contours flous. Souvent, la question de leurs droits et protections, lors de l’utilisation de psychédéliques à des fins médicales, est source d’incertitude et d’un sentiment de vulnérabilité. De nombreux psychédéliques essentiels sont absolument prohibés, tandis que d’autres ne sont autorisés que dans le cadre d’essais cliniques approuvés par le gouvernement ou grâce à des dérogations exceptionnelles accordées au cas par cas par Santé Canada.
Selon l’équipe de recherche, cette frontière ténue entre légalité et illégalité crée un environnement extrêmement complexe pour les praticiennes et praticiens qui souhaitent établir leur statut professionnel. Néanmoins, ces personnes acquièrent une expertise unique qui les distingue des autres spécialistes en santé mentale.
La recherche permettra de découvrir comment les personnes qui exercent cette pratique émergente relèvent ces défis polarisants. Les résultats contribueront à la compréhension scientifique, à la gestion de la stigmatisation et à la construction de l’identité du domaine. Ces données serviront également à éclairer l’élaboration des politiques publiques au moment où le Canada envisage la mise en place d’un cadre réglementaire pour la thérapie psychédélique.

