Passer au contenu principal
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Carrefour du savoir Telfer

Le budget de 2025 ne tient pas compte de la crise de succession qui menace les entreprises familiales canadiennes


homme et femme marchant dans un entrepôt

Comme ses prédécesseurs, le récent budget de 2025 fait fi du virage générationnel qui touchera bientôt l’économie canadienne : la crise de succession qui guette la plupart des entreprises familiales canadiennes.

Durant la prochaine décennie, 60 % des entreprises familiales changeront de mains – si un transfert de propriété survient.

Quand ces transferts piétinent ou avortent, des emplois, des investissements et des recettes fiscales sont perdus – sans compter l’érosion du tissu social dans des collectivités partout au pays. Or, malgré ces enjeux, le budget de 2025 reconnaît à peine ce problème imminent.

Le gouvernement assure qu’il cherche à « faire en sorte que les travailleurs et les entreprises de tout le pays disposent des outils nécessaires pour contribuer à cette transformation et en tirer pleinement profit ». Pourtant, il n’a établi aucune mesure pour appuyer et outiller le milieu entrepreneurial et les propriétaires d’entreprises familiales en vue d’une transition générationnelle.

Les entreprises familiales forment l’épine dorsale de l’économie

Au sein du secteur privé canadien, ces entreprises représentent près des deux tiers de toutes les sociétés, qu’il s’agisse de petites entreprises, de leaders mondiaux d’un secteur donné ou de multinationales. Ensemble, elles emploient plus de la moitié des travailleuses et travailleurs et produisent près de la moitié du PIB du secteur privé.

L’incertitude et les pressions économiques – la menace des tarifs douaniers, la crise d’abordabilité et la montée des prix attribuable à l’inflation, entre autres – qui pèsent sur le Canada n’arrangent pas les choses.

Sans un soutien stratégique réfléchi, le Canada risque de perdre des entreprises, mais aussi les emplois et les investissements dans la communauté qui dépendent d’elles.

La crise de succession à l’horizon

Les entreprises peinent généralement à établir leur succession, les deux tiers des entreprises ne disposant pas d’un plan de relève officiel.

La plupart de celles qui ont un plan se fondent sur les conseils de comptables et d’avocates et avocats. Les services de ces personnes sont nécessaires, mais celles-ci sont rarement formées pour gérer les dynamiques familiales et les perturbations des communications qui compromettent même les meilleurs plans financiers.

Ce qui est encore plus préoccupant, c’est que 39 % des propriétaires d’entreprises qui ont répondu à l’enquête de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante ont dit établir ce plan sans l’aide de personne.

L’exploitation d’une entreprise et le transfert de propriété requièrent des compétences bien différentes. Pourtant, Ottawa continue de considérer la planification de la relève comme une question d’incitatifs fiscaux pour les propriétaires, par exemple en annulant la hausse proposée du taux d’inclusion des gains en capital, alors qu’il s’agit aussi (et souvent surtout) d’un défi stratégique et profondément humain.

Le gouvernement doit regarder en face les aspects plus complexes de la succession : favoriser une gouvernance d’entreprise solide, voir au développement responsable des propriétaires de prochaine génération et favoriser la dynamique familiale saine qui mènera à la transition fluide propice à la continuité et à la croissance de l’entreprise.

Ces aspects prennent particulièrement de l’importance à l’heure où de plus en plus de familles entrepreneuriales délaissent leur société pour investir dans des fondations familiales ou des bureaux de gestion de patrimoine, ou font appel à des investisseurs ou gestionnaires externes pour la première fois.

La génération d’entrepreneuses et d’entrepreneurs qui ont bâti notre pays ne transféreront leurs sociétés qu’une seule fois. Le gouvernement doit leur donner les outils nécessaires pour assurer la réussite de ce passage du flambeau.

Trois mesures que devrait prendre le gouvernement

Si le gouvernement souhaite véritablement, comme il l’indique au budget, que les entreprises canadiennes tirent « pleinement profit » de la transformation, il doit investir dans la préparation de la relève, en prenant les mesures suivantes :

1. Évaluer l’état des entreprises familiales au Canada

Il n’existe pas d’ensemble de données complètes, détaillées et continues sur les entreprises familiales à l’échelle du pays. Le gouvernement devrait donc appuyer une collecte de données nuancées, qui serait effectuée par Statistique Canada en partenariat avec des universités et des instituts, comme l’Institut de l’héritage des entreprises familiales à l’Université d’Ottawa. Les données fiables ainsi recueillies permettraient de prendre le pouls de la part la plus importante de notre économie, de dégager les grands enjeux et de mettre en place des politiques efficaces.

2. Outiller davantage les propriétaires

Il existe peu de programmes pour aider les entreprises à préparer la relève. Les ressources offertes tiennent en quelques paragraphes sur le site Web du gouvernement du Canada. Le gouvernement devrait donc appuyer la création et la prestation de programmes de formation multilingues présentant à la relève potentielle les pratiques exemplaires, notamment en matière de gestion des dynamiques familiales, de processus de relève, de résilience en période d’incertitude et de gouvernance efficace.

3. Bâtir des pôles d’excellence

Le Canada dispose déjà d’une communauté de recherche de calibre mondial, de conseillères et conseillers et de réseaux de pairs axés sur les entreprises familiales, qui sont pourtant sous-financés et coupés les uns des autres. Il y a donc lieu de bâtir un pôle soutenu par le gouvernement fédéral, qui rassemblerait des associations, des instituts, des centres, des fondations et des organisations, afin de mener à bien une stratégie coordonnée visant à mettre en commun la recherche, la formation et le soutien consultatif. En plus des propriétaires et de la relève, ce pôle pourrait faciliter la préparation des conseillères et conseillers, des comptables et des avocates et avocats.

Un investissement rentable dans l’avenir du Canada

L’appui à la préparation de la relève n’est pas une subvention : il s’agit d’un investissement rentable dont les retombées profitent à toutes les collectivités ainsi qu’à l’ensemble de la société. C’est aussi une mesure de protection pour les 6,9 millions de personnes au Canada qui dépendent des entreprises familiales pour ce qui est des emplois et des projets d’intérêt national.

Pensons au Bureau des grands projets, qui a pour mission d’accélérer la mise en œuvre de projets d’intérêt national. Comme tout projet au Canada, ceux-ci sont appuyés par des entreprises familiales de petite, moyenne et grande taille, qu’il s’agisse de sociétés de construction ou de camionnage, de fournisseurs, de gens de métier, d’entreprises autochtones, de fabricants ou de fournisseurs de services.

Sans entreprises familiales en santé et dont la relève est prête à prendre les rênes, ces projets – et les emplois qui en dépendent – sont en péril.

La planification de la relève vise à préserver la propriété canadienne lors du transfert intergénérationnel le plus important de notre histoire. La santé de l’économie repose sur des entreprises familiales florissantes. En négligeant de préparer leur relève, on commettrait non seulement un oubli en matière de politiques, mais on pourrait nuire à l’intérêt national.

Peter Jaskiewicz, Professor and Patricia Saputo Distinguished Chair in Family Enterprise, Academic Director Family Enterprise Legacy Institute, L’Université d’Ottawa/University of Ottawa; and Katrina Barclay, Executive Manager, Telfer Family Enterprise Legacy Institute (FELI), L’Université d’Ottawa/University of Ottawa

Cet article a été publié à l’origine sur le site La Conversation (en anglais seulement).

Articles connexes

Prochain article ›

famille
Nous habitons aux quatre coins du monde. Que pouvons-nous faire pour maintenir l’unité familiale?

© 2026 École de gestion Telfer, Université d'Ottawa
Politiques  |  Urgences

alert icon
uoAlert