En 2020, Raphaël Gagné obtenait son diplôme de l’École de gestion Telfer. Aujourd’hui, il est le fondateur de Wisera Technologie. Pendant ses études, il était aussi un athlète des Gee-Gees. Que ce soit par la conciliation sport-études ou la mise sur pied d’une entreprise technologique, son histoire illustre l’importance de la capacité d’adaptation, de la structure et de l’apprentissage continu.
Dans cet article, Raphaël Gagné retrace son parcours à Telfer, montre comment cette expérience lui a permis de créer sa propre entreprise, livre ses réflexions et donne des conseils aux étudiantes et étudiants qui aimeraient se lancer en affaires.
1.Pouvez-vous nous parler de votre parcours à l’Université d’Ottawa? Comment votre expérience d’étudiant de Telfer et d’athlète des Gee-Gees vous a-t-elle menée à créer Wisera Technologie? Qu’est-ce qui vous a mené vers l’entrepreneuriat?

J’ai commencé mes études à Telfer en 2016. À l’époque, j’avais déjà la fibre entrepreneuriale : je gérais quelques petites entreprises tout en étant un étudiant athlète. Mon expérience au MakerLab dans le Complexe STEM a été tout particulièrement déterminante. Grâce aux imprimantes 3D, j’ai pu donner vie à mes idées.
J’ai tout de suite su que je voulais me diriger vers le marketing. Après tout, je voulais démarrer ma propre entreprise. Comme je jouais au football, je devais trouver un bon équilibre entre mes études et mes entraînements, je suis devenu particulièrement attentif à la gestion du temps et à l’organisation pour maintenir une structure. C’est là que j’ai réalisé à quel point ce serait pratique d’avoir une plateforme unique qui centralise tout : contacts, échéances, travail, projets personnels, etc. En cherchant une solution, j’ai découvert le site monday.com, qui m’a permis de gérer et d’optimiser mon temps. Puis, j’ai commencé à ajouter des fonctions à la suite d’échanges avec d’autres personnes. C’est comme ça que Wisera est née.
À l’origine, l’entreprise était une agence de marketing axée sur la création de logos, l’identité de marque et la publicité, mais elle s’est rapidement transformée. Présentement, nous travaillons au développement d’une plateforme de gestion de projets personnalisée et d’un système de gestion des relations avec la clientèle pour les entreprises. Aujourd’hui, soit cinq ans plus tard, nous aidons près d’une centaine de clients de différents secteurs : municipal, marketing, construction, immobilier et gestion du sport.
2.Pendant vos études à Telfer, y a-t-il eu des cours, des membres du corps professoral ou des expériences en particulier qui ont changé votre façon de résoudre des problèmes ou de prendre des décisions en tant que fondateur?
Les cours ADM 3316 – Competitive Intelligence et ADM 3321 – Consumer Behaviour m’ont vraiment inspiré. Dans le cours ADM 3321 sur le comportement des consommatrices et consommateurs, j’ai appris l’importance de l’écoute et des approches stratégiques pour orienter une conversation. J’ai ainsi vu tout le pouvoir de l’intelligence émotionnelle. Dans ces deux cours, j’ai découvert assez tôt qu’il est essentiel de réseauter et de porter attention à la dimension physique et à l’art de la communication afin d’établir des liens avec les autres.
Je crois qu’une bonne intelligence émotionnelle et une écoute attentive permettent d’agrandir considérablement son réseau. Ces deux compétences m’ont permis de tisser des liens tout au long de mon parcours, autant dans le milieu du football que dans celui des affaires. Ces relations ouvrent des portes et nous propulsent, car on ne sait jamais qui pourrait nous venir en aide.
Parmi les techniques apprises dans les deux cours, c’est celle de l’observation globale du langage corporel (ou nose to toes, en anglais) qui m’a le plus marqué. J’utilise encore à ce jour cette méthode qui consiste à repérer rapidement certains indices visuels pour mieux comprendre une personne et entamer une conversation productive.
3.D’où vous est venue l’idée de créer Wisera Technologie? Comment votre formation en affaires vous a-t-elle aidé à lancer votre propre entreprise?

Ce que je voulais, c’était de concrétiser une vision. Beaucoup de gens autour de moi soit ne comprenaient pas la technologie soit ne savaient pas comment la configurer. J’ai donc voulu trouver une manière rapide de donner vie à leurs idées. J’ai compris que les principales difficultés se situaient sur le plan des opérations et de l’exécution, notamment en raison de la dispersion de l’information. Quand les systèmes ne communiquent pas, il est difficile d’avancer. Je voulais trouver un moyen de centraliser les données et d’établir des liens entre elles pour créer des interfaces de programmation d’applications (API), effectuer des analyses et exploiter les données efficacement.
Ce qui était au départ un désir d’aider les autres est devenu quelque chose de bien plus grand. Nous avons axé nos efforts sur la transformation des idées de PDG et de propriétaires d’entreprises en systèmes structurés et fonctionnels. Dans la plupart des cas, les entreprises ne manquent pas de données. Ce dont elles ont besoin, c’est de les lier.
Quand une personne veut faire affaire avec nous, nous recueillons des renseignements clés (ses coordonnées, des données d’entreprises, la manière dont elle a entendu parler de nous, etc.), et nous nous en servons pour qualifier les pistes au moyen d’un système de gestion de la relation avec la clientèle et des indicateurs de rendement clés. Lorsqu’elle devient cliente, nous gérons notre relation au moyen de tableaux de bord et de registres qui nous permettent de suivre les indicateurs de rendement comme les pistes générées et les heures travaillées. De là, nous centralisons le tout sur Monday, nous intégrons les systèmes, nous offrons de la formation et nous faisons régulièrement le point. De plus, nous travaillons présentement sur des agents d’IA et des campagnes sur Monday pour optimiser les activités.
4.Avez-vous rencontré un obstacle ou subi un échec lors de votre parcours entrepreneurial? En quoi votre passage à l’Université d’Ottawa vous a-t-il aidé à surmonter cette difficulté et à vous adapter?
Les Gee-Gees m’ont montré que, en tant qu’entrepreneur, on veut que tout bouge rapidement et on s’attend à ce que tout arrive dans la seconde. Mais à Telfer, j’ai dû apprendre à être patient parce que je n’ai pas été admis en marketing dès le départ – même si c’est ce que je voulais, tout de suite. J’ai donc dû attendre quelques trimestres. Avec ces deux expériences, j’ai compris que tout vient à point à qui sait attendre. Certaines choses prennent du temps, donc il faut s’armer de patience. Parfois, il ne faut pas se presser. On peut laisser les choses évoluer naturellement et y revenir plus tard.
J’ai aussi appris que le rythme imposé par les circonstances n’est pas un indicateur de la valeur ou des efforts d’une personne. Parfois, ce n’est pas le bon moment. Il faut juste l’accepter.
5.Quel état d’esprit ou quelle habitude les étudiantes et étudiants de Telfer s’intéressant à l’entrepreneuriat gagneraient-ils à cultiver dès maintenant? Si vous pouviez revenir à l’époque où vous étiez aux études, quel conseil vous donneriez-vous?
Dans un monde où les technologies évoluent à toute allure, il faut porter attention à la manière dont on consomme l’information, car nous vivons à une époque de surcharge sur ce plan. Il faut consulter les bonnes sources, se rapprocher du secteur qui nous intéresse et tisser activement des liens avec des personnes qui y travaillent déjà.
Aujourd’hui, les gens qui peuvent produire des résultats le plus rapidement sont ceux qui connaissent le plus de succès. Il faut pouvoir s’adapter et comprendre le fonctionnement des systèmes. J’aime faire la comparaison avec le fonctionnement d’une équipe; une équipe de volleyball et une autre de football n’opèrent pas de la même manière. Mais s’il n’est pas nécessaire d’en maîtriser les moindres détails, il faut tout de même en comprendre la structure. Quand on sait bâtir quelque chose et qu’on en comprend l’infrastructure, on peut appliquer ces principes à différentes situations, chaque cas étant unique.
Cet état d’esprit peut se forger au fil du temps. J’avais une approche différente au début, mais j’ai appris à adopter une pensée plus logique, à analyser les éléments un à un et à construire des systèmes. Au bout du compte, même dans les domaines créatifs comme le marketing, la structure et la logique sont essentielles. Sinon, tout est éparpillé et ingérable.

