Du 21 au 23 novembre, 160 étudiantes et étudiants de l’Université d’Ottawa ont passé plus de 48 heures à imaginer des solutions pour répondre à l’un des principaux enjeux sociaux de la ville : l’itinérance chez les jeunes. Dans le cadre de cette expérience d’apprentissage créditée, des équipes interdisciplinaires ont travaillé à un rythme soutenu aux côtés de partenaires de la communauté.
Le Sprint d’innovation sur la prévention de l’itinérance chez les jeunes a été organisé et animé par l’École de gestion Telfer, la Faculté de médecine et l’Alliance to End Homelessness Ottawa. Toutes les facultés ont été invitées par l’École Telfer à participer à l’événement, le premier du genre; des étudiantes et étudiants en arts, en génie, en sciences, en sciences de la santé, en sciences sociales et en éducation y ont ainsi pris part.
Promouvoir la collaboration interdisciplinaire
Les étudiantes et étudiants ont formé des équipes interdisciplinaires et interfacultaires et travaillé avec des défenseures et défenseurs du droit au logement, des travailleuses et travailleurs de la santé, des personnes ayant une expérience de l’itinérance et des organisations œuvrant en première ligne. Des représentantes et représentants d’organisations comme Opération rentrer au foyer, le Bureau des services à la jeunesse d’Ottawa, l’Association canadienne pour la santé mentale, l’Ottawa Basketball Network et le Centre de ressources autochtones Mashkawazìwogamig étaient aussi disponibles sur place pour servir de mentors.
Durant toute la fin de semaine, l’enthousiasme des participantes et participants et des organisations partenaires a permis de créer un environnement propice à imaginer un avenir différent pour des jeunes. Les solutions proposées étaient prometteuses et les conversations, courageuses. L’objectif était très simple : prévenir en amont l’itinérance chez les jeunes.

« C’était une excellente occasion d’imaginer des solutions à la crise de l’itinérance qui sévit dans notre communauté en collaboration avec la prochaine génération de leaders », a souligné Kaite Burkholder Harris, directrice générale de l’Alliance to End Homelessness Ottawa.
« Il est important de mettre en relation des organismes et des leaders communautaires avec des gens issus de diverses disciplines si l’on veut pouvoir apporter de nouvelles perspectives à ces problèmes complexes. On veut aussi aider les étudiantes et étudiants à développer une compréhension approfondie des systèmes qui définissent nos collectivités. »
Comprendre la réalité des jeunes vulnérables
Chaque année, des centaines de jeunes se retrouvent dans la rue en raison de la précarité de leur revenu, de la pénurie de logements abordables et des lacunes existantes dans la coordination des services. Toutes les nuits, au moins une centaine de jeunes d’Ottawa dorment dans des refuges ou des sous-sols d’église ou dans la rue.
Des solutions existent pourtant. Comme l’ont appris les étudiantes et étudiants – et comme l’a montré l’engagement pris par le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, de mettre un terme à l’itinérance chez les jeunes d’ici à 2030 –, on peut prévenir le problème en abordant tôt les causes profondes, en amont, au moyen de solutions interdisciplinaires globales.

Comme l’a écrit l’intellectuel autochtone Jesse Thistle (et comme le professeur Kanatase Horn l’a rappelé aux étudiantes et étudiants pendant le sprint), l’itinérance n’est pas seulement l’absence de logement, c’est aussi la perte de la culture, de la famille, de la communauté et du sentiment d’appartenance.
Or trop souvent, les conversations sur l’itinérance portent d’entrée de jeu sur le système de refuges, qui sont pourtant des solutions de dernier recours et ne sont pas conçus dans une optique de prévention.
La prévention, mode d’emploi
Dans un premier temps, des représentantes et représentants des organismes de services d’Ottawa et des membres du corps professoral de l’Université d’Ottawa ont parlé des causes profondes de l’itinérance chez les jeunes et des obstacles systémiques plus larges qui entravent leur accès à un logement stable. Les étudiantes et étudiants ont rencontré les membres de leur équipe. Ils ont écouté, posé des questions, remis en question des hypothèses et adopté une démarche de création collective axée sur la communauté.
Les idées ont alors rapidement pris forme. Les équipes ont été mises au défi de concevoir des interventions interdisciplinaires autour de huit thèmes qui correspondent à des mesures de soutien susceptibles de réduire en amont la probabilité que des jeunes se retrouvent dans la rue.
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Les étudiantes et étudiants ont largement eu recours à la réflexion conceptuelle, une méthode qui est au cœur des sprints d’innovation de Telfer et qui permet à celles et ceux qui l’utilisent d’aborder des enjeux communautaires complexes par la collaboration et la créativité. Avec l’aide et les conseils de mentores et mentors issus de la communauté, les équipes ont lancé des idées, puis les ont raffinées en les examinant sous différents angles et en gardant toujours à l’esprit les personnes qui utilisent les services offerts. Une grande partie des étudiantes et étudiants appliquaient cette approche pour la première fois.
On a vu les tableaux blancs se remplir, s’effacer, puis se remplir de nouveau. On a assisté à la création de nouveaux liens et à la mise à profit des expériences acquises dans différentes disciplines. On a étoffé les idées en veillant à ce qu’elles soient applicables dans des conditions réelles.
Des solutions issues de l’approche interdisciplinaire
Dimanche après-midi, des présentations soignées avaient remplacé les grossières ébauches du premier jour.
Les équipes ont présenté les solutions proposées à un jury composé de conseillères et conseillers municipaux de la Ville d’Ottawa, de membres du corps professoral de l’Université d’Ottawa et de leaders communautaires. Marie-Eve Sylvestre, la rectrice de l’Université d’Ottawa, a annoncé les noms des équipes s’étant classées premières dans chaque catégorie thématique. Celles-ci ont chacune reçu 500 $ qu’elles pourront donner à l’organisme communautaire de leur choix.
Thème | Nom de la solution proposée (no. d'équipe) | Organisme communautaire |
|---|---|---|
Intervention précoce et réorientation vers des solutions autres que l’hébergement en refuge | Happy Roots Foundation | |
Système de justice | Centre Roberts Smart | |
Prévention de la violence à l’école | Parkdale Food Centre | |
Jeunesse autochtone | Housing for Indigenous Youth | |
Jeunesse 2ELGBTQI+ | Rainbow Routes (13) | Kind Space |
Immigration et jeunesse racisée | CHEO (Départment of santé mentale) | |
Transition des jeunes | CGF Ottawa | |
Santé mentale et usage de substances | U-HUB (29) | Ottawa Community Land Trust |
Découvrez toutes les propositions
Une pensée novatrice, des présentations léchées
Le jury a été impressionné par les solutions proposées et par les présentatrices et présentateurs eux-mêmes. Il a dû faire un choix difficile dans chacune des catégories.
« Le sprint montre ce que des étudiantes et étudiants issus de différentes disciplines peuvent faire lorsqu’ils travaillent ensemble aux côtés de partenaires de la communauté », a affirmé Claire Kendall, doyenne associée à la responsabilité sociale de la Faculté de médecine. « En réunissant autour d’une table des personnes appartenant à divers champs d’expertise, on obtient des solutions prometteuses et créatives. »
« Nous remercions l’Alliance to End Homelessness Ottawa et l’ensemble de nos partenaires communautaires pour leur collaboration. Sans eux, nous n’aurions pas pu tenir cet événement », a-t-elle ajouté.

Le maire Mark Sutcliffe était également présent pour remettre le prix du choix du public à l’équipe ayant imaginé la meilleure solution, toutes catégories confondues. Le prix a été remis à l’équipe Wave Consulting, qui avait imaginé un programme d’alimentation scolaire visant à réduire le niveau de stress des élèves, à accroître la fréquentation et à améliorer la résilience à long terme. L’équipe a reçu une somme de 3 000 $ qu’elle pourra aussi remettre à l’organisme de son choix.
Le maire Sutcliffe a également félicité l’Université d’Ottawa d’avoir consacré efforts et ressources à la résolution de problèmes locaux pressants, et il s’est dit impatient de collaborer de nouveau avec l’établissement.

« En réunissant autour d’une table des personnes appartenant à divers champs d’expertise, on obtient des
solutions prometteuses et créatives. »
Dre Claire Kendall — Doyenne associée à la responsabilité sociale de la Faculté de médecine
Éloge de l’apprentissage collaboratif
Le sprint a donné aux étudiantes et étudiants l’impression d’apprendre « autrement » en participant à une expérience de collaboration très intense, parfois inconfortable, fondée sur des situations réelles plutôt que sur des cas hypothétiques.
Jasmine Vardy, l’une des membres de l’équipe gagnante, attribue la richesse de cette expérience à l’approche interdisciplinaire privilégiée et à l’implication des mentores et mentors. Elle espère d’ailleurs que Telfer offrira d’autres expériences du genre à l’avenir.
« J’ai examiné notre solution sous l’angle du budget, alors que les autres membres de l’équipe, qui étudient en médecine, en neurosciences et en sciences biomédicales, l’ont considérée sous celui de la santé. J’étais contente d’être jumelée avec des gens d’autres facultés. J’ai beaucoup appris d’eux », a-t-elle dit.

« Je m’estime chanceuse d’avoir pu travailler avec les mentors, a-t-elle ajouté. Ils nous ont aidés à faire le tri dans nos idées, car on en avait beaucoup! J’ai aussi créé des liens qui vont perdurer même après le sprint. »
Resserrer les liens entre le campus et la collectivité
Pour les partenaires de la communauté, l’événement a ouvert de nouvelles possibilités en matière d’échange d’idées et d’expertises, contribuant du même coup à l’élan collectif et au réseautage.
« Notre communauté tire profit de l’élargissement du réseau d’agentes et agents de changement et de la création de nouvelles relations bilatérales pour résoudre des problèmes sociétaux, a affirmé Claire Kendall. On sensibilise nos étudiantes et nos étudiants aux problèmes communautaires et on les encourage à apporter leur contribution pour aider à les résoudre. »
Le maire Sutcliffe a salué la créativité des étudiantes et étudiants et les a encouragés à continuer de travailler à trouver des solutions aux problèmes locaux une fois leurs études terminées.
« L’administration municipale a un impact immédiat et direct sur la collectivité, a-t-il rappelé. On a besoin de jeunes gens intelligents comme vous pour nous aider à surmonter les difficultés auxquelles on fait face. »

D’après la rectrice Sylvestre, dont les recherches portent sur les effets préjudiciables de la criminalisation chez les jeunes en situation d’itinérance, le sprint a montré ce à quoi on peut aspirer quand on rapproche l’université de la communauté.
« C’était incroyable de voir le dévouement et la compassion dont ont fait preuve les étudiantes et les étudiants dans la recherche de solutions et l’élaboration des présentations, a-t-elle affirmé. L’événement a clairement montré que l’Université d’Ottawa était capable de proposer des solutions concrètes aux défis sociaux. Avec les partenaires de la communauté, on dirige les ressources, l’énergie et les efforts là où ils sont susceptibles d’avoir le plus d’impact. »

« Avec les partenaires de la communauté, on dirige les ressources, l’énergie et les efforts là où ils sont susceptibles d’avoir le plus d’impact. »
Marie-Eve Sylvestre — Rectrice et vice-chancelière
« À Telfer, l’attention qu’on accorde aux défis sociaux plutôt qu’aux problèmes typiques du milieu des affaires cadre bien avec le rôle de l’Université dans la ville, a déclaré Stéphane Brutus, doyen de l’École de gestion Telfer. Faire travailler ensemble des étudiantes et étudiants de différentes facultés et des partenaires de la communauté sur des enjeux communautaires est un moyen particulièrement efficace de mettre à profit les ressources intellectuelles de l’Université d’Ottawa et de sa population étudiante. »
L’événement est terminé, mais l’élan qu’il a insufflé persiste. Plusieurs équipes prévoient de continuer de développer leurs idées en collaboration avec des partenaires dans le cadre des cours autodirigés offerts à l’Université d’Ottawa.
Le Sprint d’innovation sur la prévention de l’itinérance chez les jeunes a montré que l’Université d’Ottawa est un incubateur de changement et qu’elle peut jouer ce rôle grâce aux partenariats sincères qu’elle entretient avec la communauté.

