Rédigé par Zain Ibrahim
Chaque année, une personne sur cinq au Canada éprouve des difficultés de santé mentale. Dans ce contexte, faire preuve de leadership dans ce domaine n’est pas seulement admirable : c’est une compétence à développer au plus vite. Peu de gens comprennent mieux cette urgence que Sarah Downey (MGSS 1992).
En tant que présidente-directrice générale du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH), Mme Downey dirige une organisation qui intervient à l’intersection des soins cliniques, de la recherche et de la défense des droits. Au cours de sa carrière de plus de 25 ans, elle a contribué à bâtir, à transformer et à faire rayonner des établissements de soins de santé partout au pays, dont L’Hôpital d’Ottawa, le Réseau universitaire de santé et l’Hôpital Michael Garron. Sa motivation principale a toujours été la même : tout le monde mérite des soins dignes et complets.
Depuis 2025, Mme Downey met sa passion pour les soins de santé au service de son rôle de membre bénévole du Cabinet de leadership stratégique de l’École de gestion Telfer, où elle appuie des initiatives visant à renforcer l’offre de programmes et le rayonnement de l’École. Je me suis entretenu avec elle pour discuter des principes qui guident son leadership ainsi que de l’optimisme qui la pousse à aller de l’avant.
Zain : Compte tenu du monde toujours plus complexe et en perpétuelle mutation qui attend les étudiantes et étudiants en administration, quelles compétences ou façons de penser en matière de leadership leur faudrait-il surtout développer?
Sarah : Je pense que le rythme du changement va se maintenir encore longtemps. Je dirais donc qu’il y a trois éléments importants à garder en tête. Le premier, c’est qu’il faut continuer d’apprendre et trouver des environnements où il est possible de poursuivre ses apprentissages. Certaines occasions se présenteront dans un cadre officiel, tandis que d’autres découleront de choix personnels. Dans tous les cas, vous devez avoir cette volonté d’apprendre. Autrement, vous n’arriverez pas à suivre le rythme de tous les changements.
Le deuxième élément, c’est la curiosité – une curiosité qui dépasse le cadre strict de l’emploi et qui s’étend à tout ce qui s’y rapporte. Comme je le dis souvent à mes collègues et aux personnes que je rencontre dans le cadre de mon travail, je n’embauche pas seulement une ou un professionnel pour ses compétences de comptable, d’ingénieur, de médecin ou d’infirmière. J’embauche une personne dans son ensemble : parent, proche aidante, athlète, bénévole, passionnée d’un loisir donné. En santé mentale, cette richesse nous aide à devenir une meilleure organisation. Alors, faites preuve de curiosité et cultivez chacune de vos facettes pour progresser au travail et devenir une personne plus complète.
« Comme je le dis souvent à mes collègues et aux personnes que je rencontre dans le cadre de mon travail, je n’embauche pas seulement une ou un professionnel pour ses compétences de comptable, d’ingénieur, de médecin ou d’infirmière. J’embauche une personne dans son ensemble : parent, proche aidante, athlète, bénévole, passionnée d’un loisir donné. »
—Sarah Downey, PDG du Centre de toxicomanie et de santé mentale
Le troisième et dernier élément? Travaillez dans un domaine où la cause vous importe réellement. En entrevue, je commence toujours par demander à la personne pourquoi la santé mentale est un sujet qui lui tient à cœur. Je pense qu’il est important de ressentir cette passion et cet engagement pour le domaine qu’on choisit parce qu’on investit tellement de temps et d’énergie dans le travail. Alors, un lien fort avec la mission rend l’expérience d’autant plus significative. Ce n’est pas toujours le coup de foudre dès le début, mais c’est un lien qui peut se développer avec le temps.
Zain : Telfer cherche à faire du Canada un pays plus vert, plus en santé, plus heureux et plus prospère pour tout le monde. Lequel de ces piliers vous rejoint le plus? Et en quoi a-t-il influencé votre style de leadership ou votre parcours professionnel?

Sarah : Je reconnais qu’ils sont tous interreliés et importants, mais je vais me concentrer sur deux d’entre eux : le pilier plus vert et le pilier plus en santé. Dans le pilier vert, les changements climatiques ont un impact sur la santé mentale. Les personnes aux prises avec des troubles de santé mentale graves, comme le trouble bipolaire ou la schizophrénie, sont plus durement touchées par les crises climatiques : elles présentent des taux d’hospitalisation, de blessures et de mortalité plus élevées, et sont plus susceptibles d’être mal logées. Je pense aussi à l’écoanxiété. Mon organisation sonde les jeunes de partout en Ontario depuis près de 50 ans, et notre enquête de 2023 a révélé qu’un élève sur six se dit très ou extrêmement inquiet des changements climatiques. Environ 45 % des élèves disent se sentir déprimés quant à l’avenir en raison des changements climatiques.
En tant que leader, je réfléchis aux conséquences de l’inaction environnementale sur les personnes que nous servons, d’où l’importance, à mon sens, pour Telfer de faire du pilier vert une priorité. J’appuie le rôle de chef de file que l’École peut jouer dans ce domaine, par exemple en formant des leaders de demain qui tiennent compte des personnes vivant avec un trouble mental grave dans leur façon d’aborder les enjeux environnementaux.
Le deuxième pilier qui me rejoint le plus est celui de la santé. Lorsqu’on pense à la santé, on pense souvent à l’alimentation, à l’exercice ou à la réduction de sa consommation d’alcool. Mais comme le dit notre slogan, la santé englobe la santé mentale. C’est pourquoi j’aimerais voir une vision globale de la santé qui tient compte des effets du stress, des traumatismes, de la génétique et des expériences vécues, et qui met à la santé mentale et physique sur un pied d’égalité. En plus d’être un hôpital, mon organisation œuvre à la déstigmatisation des maladies mentales et des dépendances au moyen de diverses campagnes de sensibilisation du public. Cette démarche nous amène à dire aux gens : « N’hésitez pas à demander de l’aide, vous avec le droit de ne pas aller bien. »
« En plus d’être un hôpital, mon organisation œuvre à la déstigmatisation des maladies mentales et des dépendances au moyen de diverses campagnes de sensibilisation du public. Cette démarche nous amène à dire aux gens : “N’hésitez pas à demander de l’aide, vous avec le droit de ne pas aller bien.” »
—Sarah Downey, PDG du Centre de toxicomanie et de santé mentale
Zain : Dans votre vie personnelle, qu’est-ce qui vous permet de recharger vos batteries et de vous recentrer pour avoir les idées claires au travail?
Sarah : J’en reviens à ce que j’ai dit plus tôt : j’embauche les gens dans leur ensemble. Je crois qu’il est important qu’une personne arrive au travail et retourne à la maison dans toute sa richesse et sa complexité. Pour moi, il n’y a pas nécessairement de dichotomie entre les facettes d’une personne, qui est plutôt la somme des tous ces éléments.
Ce qui me nourrit, c’est mon lien avec ma communauté, mes amies et ma famille. J’ai des enfants qui sont maintenant adolescents et même qui se préparent à quitter le nid; ils étaient en première et troisième année lorsque je suis devenue présidente-directrice générale. J’ai aussi ma mère, qui vit avec la démence. Maintenir les liens avec eux et mes amies me donne de l’énergie et de l’espoir. Même si je n’y parviens pas parfaitement chaque jour, j’essaie de le faire chaque semaine ou chaque mois pour garder un certain équilibre.
Le bénévolat est aussi très important pour moi. Mes enfants me demandaient souvent : « Pourquoi fais-tu du bénévolat? » Parce que ça me nourrit. Je me soucie des soins de santé primaires dans ma communauté. Je me soucie des autres organismes de soins de santé qui auront besoin de soutien dans l’avenir. Je me soucie des personnes âgées qui vivent dans mon quartier. Mes enfants ont appris au fil du temps qu’on fait parfois des choses sans être rémunéré. Ça, c’est une leçon importante.
Enfin, j’adore être mentore et être mentorée. J’adore les dialogues et le fait de prendre le temps de m’arrêter pour réfléchir et répondre à des questions vraiment intéressantes. Ça me permet de contribuer autrement à mon domaine autrement que par mon travail quotidien.
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Zain : Quand vous vous projetez dans le futur, qu’est-ce qui vous donne le plus d’espoir pour les entreprises au Canada?
Sarah : Je suis motivée par le temps et l’attention que les grandes entreprises et le secteur public consacrent à la santé mentale de leurs employés. Les troubles mentaux sont extrêmement courants, mais on a tardé à les reconnaître et à offrir du soutien en milieu de travail, car les gens ont souvent honte de ces maladies.
J’ai constaté de grands changements. De nombreuses entreprises canadiennes remarquables investissent massivement dans leurs programmes de santé et deviennent des chefs de file en matière de sécurité psychologique. On souligne aujourd’hui leurs approches exemplaires qui couvrent l’ensemble du spectre de la santé des employées et employés : la santé physique, mentale et financière. Certains régimes d’avantages sociaux se sont élargis et couvrent dorénavant les services de thérapeute, les programmes d’aide au personnel et le soutien aux enfants.
Je suis également encouragée par les entreprises qui réalisent des sondages approfondis pour mieux comprendre la santé mentale et physique de leur personnel. Bien des organisations abordent maintenant le stress de manière beaucoup plus ouverte et encouragent les discussions sur le sujet. L’idée, c’est qu’une personne en santé et motivée aura envie de rester bien plus longtemps.

Zain Ibrahim en est à sa troisième année en marketing à l’École de gestion Telfer. Dans le cadre du régime coop, elle travaille comme adjointe aux communications et aux projets spéciaux au sein des équipes responsables de l’engagement et du développement à Telfer.

