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Carrefour du savoir Telfer

La recherche et la collaboration ouvrent une nouvelle ère pour les soins primaires en Ontario


Cinq panélistes assis discutent des soins primaires communautaires lors des Conversations sur les systèmes de santé à Telfer
De gauche à droite : Agnes Grudniewicz, Ashraf Yacoub, Dr Trevor Arnason, Hoda Mankal et Dre Claire Kendall discutent de modèles émergents de soins primaires communautaires lors des Conversations sur les systèmes de santé à Telfer.

Les soins primaires sont, depuis longtemps déjà, l’épine dorsale d’un système de santé solide, capable d’offrir du soutien, des soins préventifs et de l’aide en cas de problèmes mineurs. Mais aujourd’hui, en Ontario, cette structure est sous pression. En effet, bien des gens n’ont pas de médecin de famille, il est difficile d’accéder aux cliniques sans rendez-vous, les urgences débordent et on assiste à l’émergence de services privés payants venant pallier le manque de ressources.

Or, pour Agnes Grudniewicz, professeure à l’École de gestion Telfer, cette crise met en lumière une rare occasion à saisir.

« Jamais le fédéral, des gouvernements provinciaux et des administrations municipales n’avaient collaboré à l’atteinte d’un objectif commun en matière de soins primaires », note-t-elle.

En effet, le gouvernement fédéral a affirmé que l’accès à une prestation de soins primaires en équipe était une priorité, l’Ontario a lancé son Plan d’action pour les soins primaires et, dernièrement, la Ville d’Ottawa a approuvé un plan visant à attirer davantage de fournisseurs de soins de santé primaires dans la capitale. Soulignons que d’autres villes emboîtent le pas également.

Un système sous pression

La pandémie n’est pas à l’origine des problèmes qui touchent les soins primaires en Ontario, mais elle les a aggravés et mis en lumière. Avec la fermeture de certaines cliniques et la retraite anticipée de quantité de médecins, il est devenu impossible de faire fi de la pénurie de services qui s’éternise.

La professeure Grudniewicz explique : « Les problèmes d’accès ne datent pas d’hier. Mais la COVID a tout empiré. Et on a bien vu que le système ne peut pas fonctionner si on ne répare pas les soins primaires. »

D’après Agnes Grudniewicz, investir dans les soins primaires – pour prévenir les crises au lieu d’y réagir – est parmi les moyens les plus rentables de renforcer l’ensemble du système. Les universités jouent un rôle majeur dans ce type d’entreprise en formant la relève en santé et en produisant des travaux de recherche qui aident les décisionnaires à faire bon usage de ces nouveaux investissements.

Une recherche ancrée dans la réalité

Chercheuse dans le domaine des services de santé, la professeure Grudniewicz étudie la prestation de soins primaires dans les cliniques et les communautés, et pas seulement à partir d’ensemble de données. Ses travaux – qui combinent politiques, gestion et approches qualitatives – s’articulent autour d’un grand principe : s’entourer des intervenantes et intervenants du milieu.

« Nos équipes de recherche comprennent toujours des médecins de famille, des infirmiers et infirmières praticiennes, des gestionnaires de clinique et des patientes et patients parce que leur apport est essentiel », souligne-t-elle.

Agnes Grudniewicz mène ses recherches avec trois collègues d’ailleurs au Canada au Health Systems Research Lab. L’un de ses projets, financé récemment par les IRSC, porte sur des questions systémiques qui passent souvent inaperçues, comme le fardeau administratif qui pèse sur les cliniques de soins primaires. En effet, comme nombre de médecins de famille sont propriétaires d’une petite entreprise, il leur faut, à ce titre, louer des locaux, embaucher du personnel et s’occuper des TI, le tout sans même posséder de formation institutionnelle en administration.

« Nous versons des milliards de dollars dans les soins primaires sans jamais soutenir la gestion des cliniques, se désole-t-elle. Il y a là tout un décalage. »

Dans ce tout nouveau projet, elle recensera les ressources existantes d’aide à l’administration et à la gestion des cliniques de soins primaires, sondera les gestionnaires de cliniques dans trois cliniques et réalisera des études de cas pour cerner des façons modulables de renforcer le fonctionnement des cliniques. L’objectif derrière tout ça? Veiller à ce que les nouveaux investissements améliorent non seulement le jumelage de la patientèle (avec une professionnelle ou un professionnel désigné), mais également l’accès et la qualité.

Les conclusions des précédentes recherches en matière de soins primaires de la professeure Grudniewicz ont déjà influencé des discussions à l’échelle nationale. À la suite d’une importante étude sur les médecins de famille en début de carrière, l’idée selon laquelle les jeunes médecins s’investissent moins ou voient délibérément moins de patientes et patients a d’ailleurs été remise en question. Les données montraient plutôt que, peu importe où les médecins en sont dans leur carrière, les niveaux de service diminuent lorsque les cas au sein de leur patientèle se complexifient. Les résultats qualitatifs de l’étude ont exposé cette tendance et alimenté le débat sur la formation des résidentes et résidents en médecine familiale.

« On ne peut pas réparer le système en se basant uniquement sur des chiffres, avance la professeure Grudniewicz. Les données quantitatives sont fort pertinentes, mais la recherche qualitative ajoute la dimension humaine, surtout dans le cas des personnes marginalisées ou qui ne sont pas représentées dans les données. »

S’unir pour aller de l’avant

La collaboration est au cœur des travaux d’Agnes Grudniewicz. Lors de la plus récente édition des Conversations sur les systèmes de santé à Telfer, un groupe de leaders de la région – une infirmière praticienne, un pharmacien, une médecin de famille et un expert en santé publique – a souligné l’émergence de solutions à l’échelle communautaire à Ottawa.

Par exemple, la Clinique dirigée par du personnel infirmier praticien d’Ottawa, qui a ouvert ses portes en 2025, comprend une pharmacie et travaille en partenariat avec des ressources communautaires pour assurer un jumelage entre les communautés marginalisées et des fournisseurs de soins primaires.

« C’était inspirant de les voir si unis, se rappelle-t-elle. Ces gens collaborent tous les jours dans le but d’améliorer le système. Ça m’a rappelé que les partenariats locaux sont tout aussi importants qu’une stratégie provinciale. »

Cela dit, instaurer une véritable collaboration ne se fait pas en un tournemain. Une équipe interprofessionnelle peut prendre jusqu’à 10 ans avant d’atteindre sa vitesse de croisière, et dans bien des modèles, les médecins sont séparés des autres professionnelles et professionnels. Il faut défaire ce cloisonnement si on veut bâtir un système de soins solide, fondé sur le travail d’équipe.

Un événement complémentaire, qui aura lieu ce printemps, portera sur la participation de la patientèle, un thème récurrent dans les questions du public. Selon la professeure Grudniewicz, pour obtenir un système fondamentalement humain, il est essentiel d’intégrer la voix des patientes et patients dans la recherche, le leadership et la conception des services.

Former des leaders pour transformer le système

Pour la chercheuse, l’éducation constitue l’autre levier dont il faut se servir pour opérer un changement durable. Elle souligne que les programmes de santé offerts à Telfer – de la maîtrise en gestion des services de santé (MGSS) à la MGSS pour cadres en passant par les programmes de maîtrise ès sciences, de doctorat et de baccalauréat en analytique en soins de santé – sont des moteurs de transformation du système.

« Notre communauté diplômée change le monde, affirme-t-elle. Ces gens deviennent des leaders qui comprennent les politiques, la complexité du système et l’importance de la collaboration. Ils me donnent espoir. »

Agnes Grudniewicz

« Notre communauté diplômée change le monde. Ces gens deviennent des leaders qui comprennent les politiques, la complexité du système et l’importance de la collaboration. Ils me donnent espoir. »

Agnes Grudniewicz, Phd — Titulaire de la bourse de recherche Ian Telfer et professeure agrégée à l’École de gestion Telfer

Nombreux sont les étudiantes et étudiants qui arrivent avec une expérience clinique et repartent avec les outils nécessaires pour diriger des organisations, concevoir de nouveaux modèles de soins primaires et plaider en faveur d’une réforme basée sur des données. Les cours et les projets appliqués leur permettent de comprendre les politiques, d’analyser des données et de voir le système de santé dans son ensemble.

Les leaders de demain, ajoute-t-elle, ont aussi besoin d’une formation institutionnelle en administration des soins primaires – un manque que Telfer peut combler.

« Il est impossible d’améliorer la situation des soins primaires si on ne sait pas comment on en est arrivé là, explique-t-elle. Les politiques sont à la base de tout. »

Une vision réaliste, mais porteuse d’espoir

Agnes Grudniewicz refuse les visions idéalisées qui ne tiennent pas compte des réalités structurelles du Canada. Les soins de santé primaire demeureront toujours un champ de compétence provinciale, et les médecins conserveront toujours leur autonomie de pratique. Mais indépendamment de ces constantes, elle imagine tout de même un système formé d’équipes solides, qui limite les niveaux hiérarchiques et qui réussit à conjuguer jumelage, accès et qualité.

Par exemple, des médecins pourraient travailler en tandem avec d’autres professionnelles et professionnels pour tirer le maximum du champ de pratique de chaque personne et assurer une véritable prestation de soins concertée.

« Il faut éviter les solutions simplifiées à l’extrême, prévient-elle. Blâmer les médecins ou se focaliser sur un seul indicateur ne sert à rien. Toutefois, c’est en prenant appui sur des données probantes, en écoutant les gens du milieu et en priorisant la collaboration que nous parviendrons à bâtir un meilleur système. »

Malgré les défis qu’il faudra surmonter, la chercheuse reste optimiste.

« Je crois sincèrement que les Ontariennes et Ontariens bénéficieront de meilleurs soins primaires dans les années à venir, note-t-elle. Le temps est venu de bien faire les choses. »

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