Les plateformes d’économie à la demande, comme Uber, ont rapidement transformé le marché du travail. Si elles offrent aux travailleuses et travailleurs davantage d’options sur demande, qui contournent bien des conventions d’emploi, elles exercent aussi une pression sur les employeurs traditionnels, surtout les petites entreprises. Le professeur Ali Akyol a reçu une subvention Savoir du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada afin d’explorer cet enjeu.
Aux États-Unis, les petites entreprises emploient près de la moitié des travailleuses et travailleurs du secteur privé.

Elles doivent toutefois composer avec des difficultés croissantes puisque des millions de gens optent aujourd’hui pour de petits boulots flexibles, gérés par des applications. Selon un article de Deloitte sur l’économie à la demande, 36 % de la main-d’œuvre américaine exerce maintenant ce type de travail. Ici, d’après des sondages de la Banque du Canada et d’Angus Reid, environ un tiers des adultes participaient à l’économie à la demande en 2018. Uber a déclaré avoir contribué à hauteur de 8,8 milliards de dollars à l’économie canadienne en 2022.
Ce changement touche très durement les petites entreprises des secteurs de services peu spécialisés et à faible rémunération, déjà plombées par les pénuries de main-d’œuvre, la hausse des coûts d’exploitation et l’incertitude générale. Ces entreprises sont au cœur du projet du professeur Akyol, intitulé « When Uber Comes to Town: Firm Size and the Labour Market Stock ».
Un sujet peu exploré
Il y a de plus en plus de projets de recherche sur les travailleuses et travailleurs à la demande, mais on en sait toujours peu sur l’incidence des plateformes qui les embauchent sur les entreprises qui leur font concurrence pour la main-d’œuvre. Plus particulièrement, on ignore les conséquences de cette transformation sur les salaires, la dotation et le rendement à long terme des petites entreprises, souvent contraintes par des ressources et une flexibilité limitées.
Le professeur Akyol cherche à combler cette lacune en étudiant comment l’entrée progressive d’Uber dans les villes américaines a influencé les actions des entreprises. Il analysera les différences en fonction de la taille, de la flexibilité financière et de la structure organisationnelle des entreprises. Le projet sera axé sur Uber, dont la taille et l’importance en font la plateforme idéale pour montrer les conséquences plus larges de l’économie à la demande.
Ali Akyol veut comprendre comment les entreprises de différentes tailles réussissent ou non à s’adapter au bouleversement du marché du travail induit par ces plateformes. Son équipe évaluera l’incidence d’Uber sur le roulement de personnel, les postes vacants, les salaires et le rendement des entreprises, s’attardant aux différences entre petites et grandes entreprises. Elle tentera également de savoir si certaines entreprises – les restaurants qui s’associent à Uber Eats pour leurs livraisons, par exemple – tirent un avantage de leur collaboration avec ces plateformes. Enfin, elle analysera les facteurs qui déterminent la résilience des entreprises, comme la flexibilité financière et la structure organisationnelle.
Résultats de recherche prévus
Le projet du professeur Akyol nous permettra de mieux comprendre l’effet transformateur des innovations technologiques sur le marché du travail, tant pour le travail à la demande que pour les emplois traditionnels. Bien que l’analyse repose sur des données américaines, ses conclusions s’appliqueront également au Canada, puisque le travail à la demande y est très répandu. En montrant comment les plateformes transforment la concurrence pour la main-d’œuvre et la résilience des entreprises aux États-Unis, le projet apportera des constats utiles pour le marché du travail canadien, les politiques relatives aux petites entreprises et la réglementation des plateformes.
L’équipe rendra également publiques ses données sur l’entrée sur le marché et les offres d’emploi d’Uber, facilitant la réalisation d’autres travaux interdisciplinaires sur la concurrence pour la main-d’œuvre, l’économie des plateformes et les stratégies des entreprises.

