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Utiliser l’analytique pour affecter les ressources nécessaires aux chirurgies non urgentes pendant la pandémie

Deux médecins enlèvent leur équipement de protection

La pandémie a bouleversé le système de santé. Plus tôt cette année, les hôpitaux ont été obligés de suspendre leurs services non urgents, dont des chirurgies. Bien que le nombre de cas de COVID-19 ait graduellement diminué cet été, les hôpitaux ontariens continuent de mettre les bouchées doubles afin de reprendre ces services. Ce n’est pas chose facile : des milliers de patients et de patientes attendent de subir des opérations qui avaient été annulées ou reportées.

Et la pandémie est encore de la partie. Les gestionnaires et les professionnels des soins de santé nagent toujours dans l’incertitude quand vient le temps de prendre des décisions sur ces chirurgies. Ils doivent tenir compte non seulement de la situation du patient ou de la patiente et de la nature de l’intervention, mais aussi de la distribution et de l’utilisation de ressources limitées comme les masques, les chemises et les autres pièces d’équipement de protection individuelle (EPI). Dans ce contexte, la distribution et l’utilisation efficaces des ressources peuvent revêtir une importance capitale.

La solution de l’équipe

En collaboration avec la Division de chirurgie orthopédique de l’Hôpital d’Ottawa, une équipe de chercheurs de Telfer a mis au point un outil pour aider les organismes de santé qui souhaitent distribuer et utiliser efficacement l’EPI et les autres ressources chirurgicales. Sajjad Dehnoei et le Dr Stephen Kingwell, étudiants du programme de maîtrise ès sciences en systèmes de santé, ont travaillé avec les professeurs Antoine Sauré et Wojtek Michalowski. Le Dr Kingwell est aussi professeur adjoint à la faculté de médecine e chirurgien à la Division de chirurgie orthopédique de l’Hôpital d’Ottawa.

L’équipe de recherche a analysé des données sur la distribution, l’utilisation et la disponibilité de l’EPI et d’autres ressources pendant l’interruption des chirurgies non urgentes en orthopédie. À la lumière de ces données, elle a créé un outil d’analytique qui aide les gestionnaires et les professionnels des soins de santé à reprendre ces chirurgies, tout en tenant compte de la disponibilité limitée de l’EPI en temps de pandémie.

Orienter des décisions complexes dans une situation en évolution rapide

Les gestionnaires et professionnels des soins de santé se trouvent devant un problème courant d’affectation des ressources, problème qui peut être résolu par ce que les chercheurs en analytique appellent le modèle du « sac à dos ». Selon le professeur Sauré, ce modèle s’avère utile lorsque les décideurs doivent considérer plusieurs facteurs : capacité limitée, matériel à prendre en compte, besoins en ressources et avantages. Il donne un exemple : « Pensons à un hôpital qui doit réaliser plusieurs chirurgies non urgentes, mais avec une quantité limitée d’EPI. » Après avoir analysé les besoins associés à chaque chirurgie, les gestionnaires et professionnels des soins de santé doivent déterminer quoi inclure dans un portefeuille de services (le « sac à dos ») afin d’arriver au meilleur résultat pour tous et d’utiliser efficacement les ressources.

Il faut que les directions des hôpitaux examinent des informations très complexes dans le cadre de leur processus décisionnel normal. Or, cela est d’autant plus difficile vu la nature imprévisible de la pandémie. En raison des problèmes récurrents de la chaîne d’approvisionnement, de la réduction des effectifs et de l’utilisation accrue de l’EPI pendant la première vague de la pandémie, beaucoup d’hôpitaux ont du mal à relancer leurs services non urgents. La disponibilité de l’EPI et des autres ressources chirurgicales pourrait encore changer dans les prochains mois, selon l’évolution de la pandémie.

L’outil créé à Telfer permet aux gestionnaires et professionnels des soins de santé de simuler divers scénarios hypothétiques. « [Il] se base sur une utilisation prédéfinie de l’EPI pour un éventail de chirurgies orthopédiques et aide à déterminer le nombre d’interventions de chaque type qu’on peut réaliser selon la disponibilité de l’EPI », explique le professeur Sauré. 

L’équipe est en train de mettre l’outil à niveau pour qu’il tienne compte du volume réel de cas de COVID-19 à l’Hôpital d’Ottawa. Ensuite, il devrait mettre automatiquement à jour les informations sur la disponibilité de l’EPI et des autres ressources.

Impact

Les chercheurs mentionnent deux avantages majeurs de l’outil. « Premièrement, ce modèle peut aider l’Hôpital d’Ottawa à optimiser l’utilisation de l’EPI en salle d’opération », explique le Dr Kingwell. Deuxièmement, il pourrait servir à mieux planifier les chirurgies non urgentes. « On prévoit que les vagues de cas de COVID-19 perturberont la planification des chirurgies – il pourrait y avoir du rattrapage ou du délestage », ajoute-t-il. Grâce à l’outil, les directions des hôpitaux pourraient rajuster rapidement l’affectation des ressources pour différents types d’interventions, ce qui améliorerait l’expérience de la patientèle.

Ce projet de recherche a aussi enrichi l’expérience étudiante. Pour Sajjad Dehnoei, c’était une occasion en or. « En tant qu’étudiant de deuxième cycle, j’ai beaucoup appris sur les défis de la recherche pratique, surtout en analytique des soins de santé. » Il a aussi découvert que « la recherche peut jouer un rôle crucial en orientant les décisions des organismes de santé ».

Une fois la mise au point et les essais terminés, le modèle pourrait être adopté dans d’autres unités de chirurgie pendant la pandémie et aider les gestionnaires des soins de santé à mieux planifier, dans une optique de sécurité et d’efficacité, l’affectation de l’EPI et des autres ressources nécessaires aux chirurgies non urgentes.

 

Au sujet de l'autrice ou de l'auteur

Lidiane Cunha a été agente de la mobilisation des connaissances en matière de recherche à l'École de gestion Telfer de 2017 à 2022. Elle a notamment traduit des projets de recherche et des résultats complexes en un langage accessible, et a élaboré des histoires d'impact, des vidéos et des infographies. De plus, elle a fourni des conseils en matière de communication pour aider les administrateurs principaux, les membres du corps professoral et de la population étudiante aux études supérieures à rehausser le profil de la recherche à Telfer. Elle a élaboré une stratégie de communication pour le bureau de la recherche de Telfer, en plus de faire participer les diplômé.e.s et les partenaires communautaires à des initiatives visant à faire connaître la recherche de Telfer.<br><br>Lidiane Cunha was a Research Knowledge Mobilization Officer at Telfer from 2017 to 2022. She translated complex research projects and findings into plain language and developed impact stories, videos, and infographics. She also provided communications advice to help senior administrators, professors, and graduate students raise the research profile of the Telfer School of Management; developed a communications strategy for Telfer’s Research office; and engaged alumni and community partners in initiatives to raise awareness about Telfer’s research.