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Par Lidiane Cunha

La pandémie a frappé les collectivités du monde entier, laissant des millions de gens incertains quant à leur santé, à leur situation financière et à leur avenir. Cependant, toutes les répercussions de la COVID-19 ne sont pas négatives. La situation actuelle a contribué à faire ressortir le meilleur de l’humanité. Des arcs-en-ciel dessinés pour rendre hommage aux professionnels de la santé de première ligne aux nombreux bénévoles qui aident leurs voisins à faire l’épicerie et à garder les enfants, des personnes de tous les pays développent un esprit communautaire plus profond. Au Canada, les bénévoles ont répondu à la crise avec le #Caremongering (une épidémie de gentillesse), un mouvement visant à répandre la gentillesse en aidant les personnes vulnérables dans les collectivités, et au Québec avec le #çavabienaller.

De nombreux organismes privés et publics se sont également mobilisés pour soutenir les gens qui en ont besoin dans leur collectivité. Saouré Kaoumé, professeur adjoint, et Magda Donia, professeure agrégée, tous deux de l’École de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa, discutent de l’importance de l’engagement des organisations, des formes de soutien nécessaire et de la manière dont elles peuvent encourager leur personnel à faire la différence en cette période difficile.

La contribution des employés à la collectivité

« Alors que la vulnérabilité de la population augmente et que le besoin de gestes de solidarité, de bienveillance et d’entraide grandit, cette situation requiert la contribution des organisations », explique le professeur Kouamé. La professeure Donia renchérit : « Cette période inhabituelle devrait les amener à réfléchir sur le rôle qu’elles jouent pour aider leurs collectivités. »

La solidarité, la bienveillance et l’entraide peuvent émerger directement par des initiatives de l’organisation, ainsi que par les personnes elles-mêmes. Selon la professeure, même avant la crise de COVID-19, les chercheurs ont remarqué une évolution de l’engagement des employés envers des causes sociales et environnementales : « Nous avions observé ce mouvement, en particulier auprès de la jeune génération d’employés, comme celle du millénaire. » Mais toutes les générations ont été touchées par la crise de COVID-19 : « Cette crise a suscité une prise de conscience et des inquiétudes puisque nous sommes tous concernés par cette situation », ajoute-t-elle.

Les employés peuvent souhaiter agir et soutenir leurs collectivités. Mais parce que la pandémie affecte directement les employés, la chercheure souligne que leurs employeurs doivent jouer un rôle de soutien : « Pour être en mesure de contribuer à leur collectivité en ces temps difficiles, les employés ont besoin que leur employeur crée des possibilités qui leurs permettent de s’engager et de faire une différence. »

Un petit soutien peut aussi faire la différence

Les organisations ne peuvent pas toutes intervenir et mobiliser leur main-d’œuvre pour apporter leur aide pendant la crise. « Alors que les organisations doivent restructurer leurs services et leurs activités pour pouvoir s’adapter à cette nouvelle normalité, elles se concentrent sur leur propre survie et le bien-être de leurs employés », explique le professeur Kaoumé.

La capacité des organisations à mobiliser leurs employés dans des interventions ou des campagnes liées à la COVID-19 dépendra bien sûr de leur santé financière. Madga Donia cite l’exemple de Nike, une grande société qui intensifie ses efforts en créant une campagne pour doubler les dons de ses employés à des organismes communautaires sans but lucratif. Les organisations qui sont actuellement en difficulté peuvent encourager leurs employés à participer à de petites initiatives. « Par exemple, un café ou un restaurant pourrait permettre aux employés à la fin d’un quart de travail d’emballer les restes de nourriture et de les livrer aux banques alimentaires locales », suggère-t-elle.

La nécessité d’un engagement profond et authentique des organisations

Il ne fait aucun doute que le soutien des organisations et l’engagement des employés dans ces causes peuvent constituer un puissant moyen de soutenir la collectivité pendant la crise actuelle. Le professeur Saouré Kouamé explique qu’il est crucial pour l’instant d’aider les personnes qui souffrent d’isolement social ou celles qui vivent dans la pauvreté et qui ne peuvent subvenir à leurs besoins fondamentaux. Toutefois, ces mesures ne représentent que la pointe de l’iceberg : « Cette crise a des répercussions majeures sur toutes les structures de notre société, même si nous ne pouvons pas en percevoir immédiatement la portée : toutes les personnes issues de milieux sociaux différents peuvent souffrir d’isolement ou de tragédies personnelles qui les rendent vulnérables. »

Les organisations doivent également faire preuve de prudence. Les motifs à l’origine des divers efforts de mobilisation restent très importants. Les recherches de Magda Donia montrent que les employés peuvent percevoir la responsabilité sociale d’entreprise (RSE) de leur organisation comme authentique ou intéressée, et ces perceptions ont une incidence, entre autres, sur leur satisfaction et leur rendement. Elle rappelle aux  membres de la haute direction la valeur de s’engager dans des causes sociales pour les bonnes raisons :

La professeure Donia

« Ce dont nous avons réellement besoin, c’est d’une RSE qui vise à aider concrètement les personnes qui en ont besoin en cette période. Les employés sont alors davantage susceptibles de ressentir une grande fierté et un grand engagement envers leur employeur. En revanche, ils pourraient ne pas répondre positivement aux actions de leur organisation s’ils la perçoivent comme lançant une campagne pour la COVID-19 dans le seul but consiste à renforcer leur réputation et à augmenter les bénéfices : de telles perceptions mèneront presque certainement au cynisme et à la méfiance. »

Guérir la société et les employés

Cette situation sans précédent peut amener certaines personnes à devenir plus compatissantes et plus solidaires. Le professeur Kaoumé explique que « nous sommes poussés à développer un degré plus élevé d’empathie et de compassion pour ceux qui sont vulnérables » parce que plusieurs d’entre nous connaissent l’isolement social en raison de la distanciation physique actuellement en place. Par conséquent, cette situation peut augmenter notre volonté de faire une différence.

« Mes recherches suggèrent que la compassion, et plus particulièrement l’empathie, constitue un moteur émotionnel au cœur de l’engagement des employés dans la réponse des organisations aux causes sociales », explique le professeur. C’est dans ce contexte que les organismes de bienfaisance peuvent recevoir plus d’appui de la part des organisations, en les mobilisant directement, ou leurs employés.

L’engagement des organisations pendant la COVID-19 ne redonne pas simplement à la société. Le professeur estime que ces initiatives philanthropiques peuvent être des expériences enrichissantes qui aident les employés à se sentir mieux et à trouver un sens face à l’anxiété et à l’incertitude :

Le professeur Kouame

« Plusieurs employés auront subi un traumatisme ou seront très anxieux par rapport à l’incertitude créée par cette crise. Jouer un rôle dans la résolution d’un défi de société peut représenter un moyen de se reconstruire et de traverser cette période difficile. En faisant participer les employés à ces gestes de solidarité, les organisations peuvent reconstruire les forces morales et psychologiques de leur effectif. »

Recommandations concrètes pour l’engagement des organisations pendant la crise

Si votre organisation cherche des moyens de soutenir directement la collectivité ou de mobiliser son personnel dans une cause sociale, voici quelques suggestions concrètes des professeurs Donia et Kouamé :

  • Aider localement : se concentrer sur ses propres employés et la collectivité immédiate. Sachant que personne n’est épargné par la crise, on sera plus efficace si on tente d’aider ceux qui sont à proximité immédiate.
  • Être authentique et orienter ses actions sociales vers un besoin réel. Ne pas décider en fonction de la visibilité des mesures prises.
  • Élaborer les initiatives de RSE du bas vers le haut : faire participer les employés au processus décisionnel, car ils sont la véritable source de solutions novatrices aux problèmes sociaux.
  • Encourager les employés à exprimer leur « empathie » et leur désir de faire la différence : lorsque cela se produit, ils peuvent faire preuve d’une créativité extraordinaire pour prendre des initiatives de RSE simples, mais très efficaces.
  • Appuyer l’engagement des employés envers des causes sociales et créer un espace pour qu’ils contribuent et puissent en augmenter les retombées face à la crise.

Voici quelques exemples d’organismes et d’entreprises ainsi que leurs employés qui soutiennent la collectivité en ces temps difficiles :


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