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Feux de forêt : améliorer les interventions d’urgence par la modélisation

Par Rania Nasrallah-Massaad

En 2020, en pleine pandémie de COVID-19, les feux de forêt ont fait des ravages sans précédent aux quatre coins de la planète, notamment au Brésil et en Amazonie, en Arctique et en Sibérie, en Australie et en Californie. Les effets de ces feux, qui ont dévasté des communautés, tué des milliards d’animaux et fauché de nombreuses vies humaines, se feront sentir pendant des décennies.

Un éventail de facteurs serait en jeu dans le phénomène des feux de forêt, dont les changements climatiques, les comportements humains, la croissance de la population et une gestion forestière déficiente. Ces incendies ont de nombreuses conséquences néfastes : ils déracinent des communautés, causent d’importantes pertes matérielles, endommagent les infrastructures et monopolisent d’immenses ressources. Comme ils demeureront une réalité incontournable, il est important de s’y préparer par une meilleure coordination des mesures d’urgence et une affectation judicieuse des ressources. « Les incendies sont inévitables et les changements climatiques les rendra [sic] plus communs et plus dangereux », indique-t-on dans l’Atlas climatique du Canada. « Il est logique de planifier la manière dont nous construisons, travaillons et vivons près des forêts en tenant compte de la sécurité incendie. »

Les personnes qui luttent contre les feux de forêt utilisent la modélisation pour simulation et d’autres techniques d’analyse avancées pour guider leurs décisions. Toutefois, les outils dont on dispose actuellement ne donnent pas tous les renseignements dont les services d’urgence ont besoin. Ils ne tiennent pas compte, par exemple, de la progression de l’incendie ni de l’évolution des besoins en ressources d’un stade d’intervention à l’autre. Il est possible d’atténuer les effets dévastateurs des feux de forêt en créant de meilleurs plans d’évacuation et en améliorant les interventions de gestion des incendies. Pour ce faire, par contre, il faudra des modèles intégrés et plus sophistiqués qui permettront de mieux coordonner les efforts d’évacuation et l’affectation des ressources dans le but de minimiser les dommages et de sauver des vies.

Quel est le but de cette recherche?

Les professeurs Jonathan Patrick et Antoine Sauré, de l’École de gestion Telfer, ainsi que leur étudiant au doctorat Afshin Kamyabniya ont reçu une subvention du Fonds d’idéation du Conseil national de recherches Canada (Initiative Petites équipes) pour étudier les protocoles d’évacuation et l’affectation des ressources durant les feux de forêt. En partenariat avec l’équipe de sécurité incendie du CNRC et des collaborateurs d’autres universités, les chercheurs participeront au projet RACE Wildfires (résilience et adaptation aux feux de forêt extrêmes associés aux changements climatiques). Ils concevront des outils intégrés de modélisation pour simulation et optimisation dans le but d’améliorer les décisions d’évacuation aux différents stades des plans d’intervention. Selon eux, un tel outil intégré est nécessaire pour assurer l’efficacité et la sécurité des évacuations, et l’envoi des bonnes ressources à la bonne place au bon moment. Il permettrait de mieux coordonner les opérations de recherche et sauvetage ainsi que les services de suivi pour assurer la disponibilité des ressources selon les besoins.

Lorsqu’on lui demande ce qui le motive dans ce projet, Jonathan Patrick répond : « J’ai toujours été motivé par les recherches qui ont un impact sociétal concret. C’est au contact d’Afshin, qui se passionne pour la gestion des catastrophes, que nous avons commencé à explorer ce domaine que je ne connaissais pas. Ce partenariat avec le CNRC est une occasion d’appliquer à la gestion des catastrophes certains outils que nous avions conçus à d’autres fins, dans l’espoir d’augmenter la capacité des gouvernements à atténuer les impacts négatifs des feux de forêt. »

Quel sera l’impact de cette recherche?

Cette recherche permettra de mieux comprendre les besoins tout au long du processus d’évacuation et de la période de suivi pour mieux coordonner les interventions d’urgence et affecter les ressources lors des feux de forêt. Le nouvel outil de modélisation informera les décideurs et décideuses des meilleures stratégies à déployer en temps réel pour réduire les impacts écologiques et socio-économiques de ces feux.

« Nos outils d’aide à la prise de décision devraient permettre aux intervenants, intervenantes et gestionnaires d’affecter et de déployer les ressources plus rapidement et efficacement », explique Antoine Sauré en parlant des impacts potentiels du projet. « Ce faisant, il devrait être possible de réduire les pertes de vies humaines, les dommages aux infrastructures et les coûts associés aux feux de forêt extrêmes au Canada et dans d’autres pays où cette menace plane toujours. »

Autrement dit, dans un monde où les événements météorologiques extrêmes et les feux de forêt catastrophiques seront monnaie courante, il sera possible de réduire les impacts sociaux, économiques et politiques de ces phénomènes en utilisant des outils de modélisation intégrés pour guider les décisions et gérer les risques à l’endroit des communautés et des premiers répondants et premières répondantes.

Que retire un étudiant au doctorat de cette recherche et du travail avec un organisme partenaire?

Afhsin Kamyabniya headshotAfshin Kamyabniya a commencé son doctorat en gestion à Telfer en 2017. Il se spécialise en recherche sur les systèmes de santé. Il travaille en partenariat avec les scientifiques du CNRC depuis deux ans. « Je me passionne pour la gestion des opérations de secours humanitaires depuis 2015, dit-il. Je me suis rendu compte que la lutte contre les feux de forêt est un des domaines les plus négligés en recherche. J’ai commencé à participer à de tels projets pour augmenter la résilience des communautés face aux feux de forêt. Ma principale motivation est de fournir aux populations touchées des produits de secours en quantité suffisante et d’améliorer le processus d’évacuation des blessés. Je me suis joint à l’équipe de sécurité incendie du CNRC afin d’aider à concevoir un réseau logistique intégré pour améliorer les interventions en temps réel lors des feux de forêt. »

Lorsqu’on lui demande ce qu’il espère retirer du projet et de son travail avec le CNRC, il répond :

« J’approfondis mes connaissances sur la sécurité incendie et la gestion des interventions contre les feux de forêt auprès de collègues et de scientifiques chevronnés au CNRC. J’espère que mon travail sur ce projet critique apportera une contribution à la communauté de recherche et aidera les organismes de secours et le gouvernement à lutter plus efficacement contre les incendies au Canada. Je m’attends à acquérir un bagage substantiel d’expérience et de connaissances pour faire carrière dans le domaine de la gestion des catastrophes, que ce soit à l’université ou dans l’industrie. Enfin, je crois que nos recherches avec le CNRC encourageront d’autres équipes universitaires au Canada à s’intéresser aux opérations de secours humanitaires. »


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Jonathan Patrick est professeur titulaire, Vice-doyen (faculté) et directeur de programme, MSc en systèmes de santé. Ses intérêts de recherche portent sur la gestion des soins de santé : l’établissement des rendez-vous des patients, la gestion des soins de santé et les modèles de traitement des patients, la gestion des temps d’attente, la programmation dynamique, la programmation dynamique approchée, les modèles et processus aléatoires ainsi que la programmation linéaire. Apprenez-en davantage sur ses travaux.

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Antoine Sauré est professeur adjoint. Ses intérêts de recherche comprennent la modélisation et la prise de décisions avancées dans un contexte d'incertitude, ainsi que leurs applications aux problèmes à grande échelle dans les opérations de service, en particulier l'étude des problèmes liés à l'affectation des ressources en soins de santé et dans d'autres domaines. Apprenez-en davantage sur ses travaux