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Lidiane Cunha

écrit par Lidiane Cunha

Le Canada est fortement tributaire des marchés des produits de base, notamment le blé, le bois d’œuvre, les métaux précieux et l’énergie, des investissements intéressants pour ceux et celles qui souhaitent diversifier leur portefeuille et réduire au minimum les conséquences de l’inflation. Mais les avantages l’emportent-ils sur les risques?

Ces dernières années, la distorsion des prix entre les marchés au comptant et les marchés à terme ont généré bien des frustrations. Une étude publiée dans la revue Energy Economics cosignée par le professeur de l’Université d’Ottawa Fabio Moneta relève certaines difficultés de ce type d’investissements.

Le professeur Moneta propose quelques idées pratiques pour aider les investisseuses et investisseurs à approfondir leur compréhension des marchés des produits de base et à prendre des décisions favorisant la résilience accrue du système financier et la prospérité économique.

L’importance d’utiliser des indices de référence adéquats

« Nous avons décidé de nous concentrer sur les marchés à terme du pétrole afin de mieux comprendre les difficultés liées à ce produit des plus négociés en bourse, mais aussi des plus controversés », explique Fabio Moneta, professeur agrégé à l’École de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa.

Pour mesurer le rendement des investissements pétroliers, les investisseuses et investisseurs établissent souvent une comparaison avec le marché du pétrole au comptant, qui regroupe des actifs négociés en fonction de contrats reflétant le prix actuel. Cependant, pour investir directement dans ce marché, on doit acheter le produit matériel et le stocker quelque part, à grands frais. Il n’est donc pas pratique de suivre le cours du pétrole au comptant.

En outre, l’utilisation du pétrole au comptant comme indice de référence complique la négociation de contrats pétroliers à terme, qui ont trait à la vente ou à l’achat d’actifs à une date et à un prix préétablis.

Étant donné que les contrats pétroliers à terme n’offrent pas exactement le même rendement que ceux du marché au comptant, la comparaison engendre un indice de déviation. « Tous les produits négociés en bourse qui comportent des investissements pétroliers affichent cette déviation », souligne le professeur Moneta.

« Taux de report » : Acheter à prix élevé, vendre à bas prix

Afin de mieux cerner la source de cette déviation, le professeur Moneta et son confrère de l’Université de San Francisco, le professeur Ludwig B. Chincarini, se sont penchés sur la récente hausse des capitaux alloués aux investissements pétroliers, et sur sa possible contribution aux distorsions du marché à terme.

Selon les auteurs, cette augmentation du capital est attribuable en bonne partie aux placements indiciels dans le marché des produits de base, des fonds qui suivent l’évolution de ce marché tels que des fonds et autres produits négociés en bourse, qui permettent aux parties prenantes d’investir dans le marché à terme du pétrole.

Les professeurs Moneta et Chincarini constatent que, de 2006 à 2017, le rendement du marché à terme a été inférieur à celui observé dans le marché pétrolier au comptant, principalement en raison d’une hausse du taux de report, lorsque le prix des contrats à terme était plus élevé que celui du pétrole au comptant. De nombreux produits d’investissement dans les matières premières, comme les fonds pétroliers, suivent l’évolution des contrats à terme rapproché et sont régulièrement convertis, ou « rééquilibrés », sous forme de contrats à échéance plus lointaine. Cela dit, dans le contexte d’une hausse du taux de report, cette conversion donne lieu à une stratégie d’achat à prix élevé et de vente à bas prix, ce qui affecte le rendement des investissements.

Deux difficultés : la financiarisation et l’effet d’attraction

Une étude menée par le professeur Moneta dans le cadre d’un projet financé par le Conseil de recherches en sciences humaines vise à découvrir si la hausse du taux de report dans les marchés pétroliers à terme est amplifiée par la financiarisation des marchés des produits de base, c’est-à-dire l’augmentation des investissements en capital alloués à ces marchés.

Les professeurs Moneta et Chincarini croient que ce processus de financiarisation pourrait intensifier l’effet d’attraction dans les marchés, lorsqu’une tendance d’investissement se répand, et engendrer des distorsions dans le marché à terme du pétrole. Une forte augmentation des placements indiciels dans le marché des produits de base provoque une demande excessive dans les marchés à terme.

Si les matières premières, telles que le pétrole, sont devenues des placements très prisés, ces derniers affectent le prix des contrats pétroliers à terme. Ils causent également une déviation du rendement des contrats à terme sur le pétrole par rapport à celui du marché au comptant, ce qui entraîne un déséquilibre entre l’offre et la demande.

« En cas d’une hausse soudaine de la demande, les prix sont susceptibles d’augmenter si l’offre sur le marché à terme du pétrole ne va pas dans le même sens. Il doit y avoir hausse immédiate de l’offre ou de l’activité commerciale entre le marché au comptant et le marché à terme », explique le professeur Moneta. 

Prenons en exemple la situation qui prévalait au début de la pandémie… Lorsque les mesures de santé publique ont entraîné une baisse de la demande, les installations de stockage de pétrole du monde entier ont rapidement atteint leur capacité maximale.  Les contrats à terme ont vite été vendus pour être remplacés par d’autres à échéance plus éloignée en vue de conserver des actifs pétroliers. Toutefois, sans espace de stockage, l’intérêt pour l’achat de contrats était plutôt limité.  Le 20 avril 2020, le prix des contrats pétroliers à terme rapproché s’est effondré à -37,63 $.

Leçons à retenir sur les placements dans le marché des produits de base

Bien que les chercheurs se soient concentrés sur le marché pétrolier à terme, leurs conclusions peuvent être étendues à d’autres marchés de produits de base. Le professeur Moneta a émis quelques recommandations pour guider les investissements.

  • L’avantage d’investir dans les produits de base n’est pas toujours aussi grand qu’on le croit. Ces marchés peuvent offrir des possibilités de diversification, mais semblent relativement exposés aux risques du marché.
  • De plus, si les particuliers peuvent y avoir accès en investissant dans des produits négociés en bourse, ils doivent être conscients des problèmes liés à l’investissement dans les marchés à terme des produits de base.
  • Étant donné que les marchés à terme fournissent de l’information utilisée par les parties prenantes comme les fabricants et les sociétés qui négocient les produits de base, les distorsions du marché peuvent avoir de graves conséquences sur le plan économique.
  • En ce qui a trait au marché à terme du pétrole, les investisseuses, investisseurs et gestionnaires de placements doivent comprendre que le marché du pétrole au comptant n’est pas une référence adéquate. En outre, les frais associés à ces produits d’investissement réduisent leur rendement net. Les décisions devraient se fonder sur le marché du pétrole au comptant et sur les coûts de stockage, ou simplement sur un indice de référence du marché à terme du pétrole.
  • La disparité observée de 2006 à 2017 entre le marché à terme du pétrole et le marché au comptant sous-jacent commande de suivre l’évolution du taux de report et de s’en servir comme indicateur pour savoir s’il faut investir ou non dans le marché à terme du pétrole.

 

Fabio Moneta

Fabio Moneta est professeur agrégé à l’École de gestion Telfer, où il est également boursier en finance à la Banque Royale du Canada. Ses recherches portent principalement sur les investissements, les investisseurs institutionnels, le comportement commercial, les fonds communs de placement et l’évaluation empirique des actifs. Information sur le travail du professeur Moneta.

Ludwig Chincarini

Ludwig B. Chincarini est professeur à la School of Management de l’Université de San Francisco.  Ses recherches portent notamment sur les investissements, les échanges boursiers, l’effet d’attraction dans les marchés et l’évaluation empirique des actifs. Information sur le travail du professeur Chincarini.


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