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L’industrie de la construction et de l’aménagement contribue grandement à l’économie canadienne, employant plus de un million de personnes et représentant 6 % du PIB national. Malheureusement, c’est aussi l’un des pires contrevenants environnementaux, consommant plus de 50 % de toutes les matières premières extraites, produisant 30 % des rejets de déchets solides et contribuant à environ 40 % des émissions mondiales de CO2. Malgré le besoin croissant et urgent d’aménagements urbains plus durables sur les plans social et environnemental, le secteur de la construction et de l’aménagement a été l’une des industries les plus lentes à s’adapter à des pratiques plus durables.

Comment cette industrie peut-elle continuer à construire des quartiers urbains mais qui sont plus respectueux de l’environnement et qui contribuent au développement social et économique des collectivités locales ? La réponse réside peut-être dans un travail complexe de leadership. Une étude récente, corédigée par la professeure agrégée Daina Mazutis, suggère que le leadership joue un rôle majeur dans la promotion de transformations urbaines durables. Dans l’article publié dans le Journal of Cleaner Production, les auteures ont analysé le cas de la construction Zibi. Il s’agit d’une communauté One Planet Living actuellement en construction dans la région de la Capitale nationale. Nous avons interrogé la professeure Mazutis pour en savoir davantage sur le rôle du leadership dans la promotion de changements radicaux dans le secteur.

Quels sont les principaux obstacles qui empêchent les entreprises de construction d’atteindre des résultats plus durables dans le secteur de la construction ?

L’industrie de la construction et de l’aménagement, comme bien d’autres, est façonnée par une dynamique concurrentielle qui engendre de petites marges de profit et, par conséquent, des pressions très fortes sur les coûts. Malheureusement, on croit à tort que le développement durable coûte cher, alors qu’en fait des conceptions plus durables permettent de réduire considérablement les coûts d’exploitation des bâtiments au fil du temps.

Dites-nous pourquoi vous avez choisi d’analyser la construction Zibi dans votre étude.

Professeure MazutisLorsque nous sommes retournés à Ottawa en 2015, j’ai rencontré Jonathan Westeinde, fondateur et chef de la direction de Windmill Development Group, par l’entremise d’un ami commun, et il a accepté de donner une conférence en classe sur Business in Society (Les affaires en société), au cours de laquelle il a raconté l’histoire de Zibi. Comme mes recherches portent sur le leadership et le développement durable, j’ai mordu à l’hameçon ! C’était une personne qui essayait de construire l’une des communautés les plus durables du monde chez nous ! Nous sommes restés en contact et, l’année suivante et celle d’après, j’ai emmené certains de mes étudiants visiter le site Zibi avec Jonathan. Cette expérience nous a amenés à écrire une étude de cas, que j’ai enseignée dans certains de mes cours. Depuis, je suis leurs progrès avec beaucoup d’intérêt et nous avons décidé d’approfondir notre étude et d’examiner le travail de l’équipe de direction responsable du projet Zibi. Nous voulions attirer l’attention sur leurs travaux.

Quels étaient les principaux défis auxquels était confrontée l’équipe de direction de Windmill Developments concernant la construction du projet Zibi ? Comment a-t-elle relevé ces défis ?

Pour une chercheuse, la construction Zibi est particulièrement intéressante en raison de l’envergure des défis auxquels Windmill Developments a dû faire face, en commençant par l’acquisition du droit de construire la propriété jusqu’à la mise en œuvre de sa vision. Le terrain en question est une friche abandonnée à vocation industrielle qui se trouve en partie au Québec, en partie en Ontario et dont certaines parties sont sous l’autorité de la Commission de la capitale nationale (un organisme fédéral). Le territoire est également considéré comme non cédé par les Algonquins. Le champ de mines politique et culturel est sans pareil, mais Windmill a réussi à naviguer dans cette complexité et à obtenir un large appui pour sa conception One Planet Living. Le projet est actuellement en pleine construction.

Votre étude porte sur la façon dont les chefs de file du développement durable jouent un rôle central en matière de promotion du changement dans le secteur de la construction. Pouvez-vous donner un aperçu des cinq tâches essentielles que les chefs de file doivent entreprendre pour instiller l’innovation durable dans le secteur et réaliser des aménagements urbains plus durables ?

Nous avons constaté que les chefs de file du développement durable mènent des transformations urbaines plus durables. Nous l’appelons le 5 I Model of Sustainability Leadership (modèle des 5 I du leadership en développement durable) :

  1. Travail inspirant : Les chefs de file du développement durable sont en mesure de repenser les approches traditionnelles de la construction et de l’aménagement en tirant des leçons des pratiques exemplaires internationales et en établissant des partenariats avec des experts externes afin de créer une vision attrayante pour la collectivité.
  2. Travail d’intégration : Afin de négocier des ententes complexes avec plusieurs partenaires, les chefs de file en développement durable font participer les intervenants à un processus décisionnel collaboratif et recherchent des principes généraux sur lesquels tout le monde peut s’entendre.
  3. Travail d’identité : La tâche la plus ardue pour les chefs de file en développement durable consiste à gérer les points de vue divergents afin que toutes les personnes concernées puissent conserver leur identité individuelle tout en bâtissant une nouvelle identité collective. Cela exige des communications et des partenariats ouverts, transparents et fréquents en vue de mettre au point des projets communs inclusifs.
  4. Travail d’implantation : Il s’agit des rouages de la conception et de la construction d’une collectivité durable. Les chefs de file du développement durable peuvent mettre en œuvre les objectifs audacieux fixés en embauchant les bonnes personnes possédant les compétences appropriées, sans compromettre les principes initiaux.
  5. Travail institutionnel : Les chefs de file du développement durable travaillent avec acharnement pour maintenir l’engagement envers la vision en intégrant le développement durable à chaque aspect du projet et en vérifiant son harmonisation aux principes directeurs à intervalles réguliers. Sinon, les pressions concurrentielles dans l’industrie peuvent facilement faire dérailler des résultats plus durables.

modèle de recherche

 

Que faut-il retenir de votre étude pour les chefs de file en développement durable dans le secteur ?

Il peut être difficile de concevoir et de construire des collectivités durables, mais, au final, les récompenses l’emportent largement sur les défis. Le projet Zibi a remporté de nombreux prix internationaux, qui ont mené à davantage de contrats et de projets de construction et d’aménagement durables. Des changements positifs sont possibles, même dans les secteurs industriels les plus traditionnels !


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