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Par Lidiane Cunha

Partout dans le monde, de plus en plus d’entreprises sont déterminées à réduire leur empreinte carbone et à créer une société meilleure. Il a toutefois été prouvé qu’il ne suffit pas de promouvoir le développement durable à l’interne : il faut plutôt introduire des mesures de durabilité au sein de la chaîne d’approvisionnement. Une nouvelle étude de Sara Hajmohammad, professeure adjointe à l’École de gestion Telfer, offre quelques réflexions sur la façon dont les entreprises peuvent apporter des améliorations stratégiques à l’échelle sectorielle en orientant et transformant les pratiques et comportements durables de leurs fournisseurs sur les plans social et environnemental.

Les risques

En 2010, on a reproché à l’un des grands fabricants mondiaux de produits Apple d’offrir de piètres conditions à ses travailleurs, une situation qui aurait mené à un décès tragique. Les médias n’ont pas tardé à scruter publiquement les activités mêmes d’Apple. Dans une optique similaire, selon des enquêtes menées par le WWF et le Rainforest Action Network, plusieurs géants du milieu de l’alimentation, dont Kellogg’s, Yoplait et Häagen-Dazs, auraient manqué à leur engagement de faire cesser progressivement les dommages environnementaux causés par les fournisseurs d’huile de palme.

Dans chaque cas, les entreprises ont subi des pressions pour qu’elles améliorent les pratiques durables de leurs fournisseurs. Plus récemment, le WWF et le Rainforest Action Network ont cherché à contraindre les entreprises alimentaires à respecter leurs objectifs quant à l’élimination des pratiques de déforestation dans les chaînes d’approvisionnement.

Ces exemples illustrent à quel point les problèmes présents dans la chaîne d’approvisionnement peuvent susciter de la publicité négative pour une entreprise, entacher sa réputation et miner ses efforts internes visant à améliorer son bilan social et environnemental – et c’est vrai peu importe le degré de conscientisation dont elle se targue. Comme le mentionne Sara Hajmohammad, professeure adjointe à l’École de gestion Telfer, « les ONG, les groupes militants et d’autres grands intervenants peuvent passer par les médias et les réseaux sociaux pour tenir les entreprises responsables des problèmes de durabilité pouvant être retracés jusqu’à leurs fournisseurs; cela peut même mener à du boycottage et à des manifestations ».

Pour avoir un réel esprit de durabilité et ainsi limiter ces risques, les entreprises doivent s’assurer que leurs fournisseurs adhèrent eux aussi à des pratiques durables, que ce soit au chapitre des conditions de travail sécuritaires ou des politiques écologiques.

L’étude

Une nouvelle étude co-réalisée par Sara Hajmohammad suggère que la somme des actions stratégiques menées par les entreprises pour atténuer les risques peut freiner les mauvaises pratiques sociales et environnementales des fournisseurs pour, finalement, rehausser le niveau global de durabilité au sein d’une industrie. Toutefois, les changements ne sont pas immédiats.

L’étude, dont le titre est « Mitigating sustainability risk in supplier populations: An agent-based simulation study », est une mine de renseignements pour les entreprises, les organisations militantes et les décideurs politiques qui souhaitent atténuer l’impact social et environnemental des chaînes d’approvisionnement ainsi que les risques associés.

Sara Hajmohammad et son collègue Anton Shevchenko ont examiné comment les entreprises risquaient de se trouver liées à des pratiques non durables dans la chaîne d’approvisionnement, et ils se sont penchés sur les stratégies adoptées pour gérer ces risques. Ils ont évalué la capacité des entreprises à influencer les fournisseurs et tenu compte des ressources dont elles disposent. Les chercheurs ont aussi recueilli des données empiriques et fait une simulation intégrant des décisions réelles prises par des gestionnaires qui ont acheté des produits et services auprès de fournisseurs de divers secteurs.

Les résultats sont parus dans l’International Journal of Operations and Production Management. Ils suggèrent que les entreprises peuvent prendre des mesures qui rehausseront la durabilité de leurs fournisseurs, mais que les stratégies d’atténuation ne transformeront pas forcément le secteur à court terme. Des changements rapides sont possibles, mais seulement quand les entreprises ont du pouvoir et des ressources. Les PME peuvent tout de même faire évoluer les choses et réduire les risques indésirables en unissant leurs efforts ou en choisissant scrupuleusement leurs fournisseurs.

Principales réflexions applicables aux entreprises

Quand des maillons de la chaîne nuisent à l’environnement ou à la société, les entreprises peuvent catalyser le changement en contraignant tout un ensemble de fournisseurs à adopter de meilleures pratiques, plutôt qu’en s’adressant à chacun individuellement.

Cela dit, l’étude précise que seuls les acheteurs qui disposent à la fois des ressources et du pouvoir nécessaires pour influencer leurs fournisseurs peuvent réduire ou éliminer les risques au niveau sectoriel. Les entreprises plus modestes devraient donc unir leurs forces pour inciter leurs fournisseurs à adopter des pratiques plus durables.

Principales réflexions pour les activistes et les décideurs

Quand ils font pression sur les PME en les boycottant, en manifestant ou en prenant d’autres mesures énergiques, les activistes n’amorcent pas ipso facto un changement à l’échelle sectorielle. Pour apaiser l’opinion publique, ces entreprises peuvent très bien choisir quelques fournisseurs plus durables sans pour autant influencer les plus grandes chaînes d’approvisionnement. Comme l’explique la chercheure, « une telle approche n’est pas viable à long terme, puisque la capacité de production des fournisseurs est limitée. Les entreprises qui n’ont pas assez de pouvoir et de ressources internes pour contraindre leurs fournisseurs peuvent avoir besoin de plus de temps pour passer à une chaîne d’approvisionnement plus durable ».

Sara Hajmohammad rappelle aussi aux groupes d’action sociale et écologique qu’il ne suffit pas de cibler quelques entreprises réputées. Les résultats sont plus tangibles quand on travaille aussi au niveau de la réglementation gouvernementale et des lois qui s’appliquent à toutes les entreprises œuvrant dans un secteur donné. « Nous croyons que cette approche peut sensibiliser les entreprises à l’égard des risques qu’elles encourent à faire affaire avec des fournisseurs irresponsables, et que cela peut inciter toutes les entreprises d’une même industrie à faire des choix éclairés. »

Pour lire l’étude

Hajmohammad, S., et Shevchenko, A., 2020. « Mitigating sustainability risk in supplier populations: An agent-based simulation study », International Journal of Operations and Production Management.

La professeure Hajmohammad

Sara Hajmohammad est professeure adjointe en gestion des opérations et des projets à l’École de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa. Ses recherches portent principalement sur la durabilité dans les activités et dans la gestion de la chaîne d’approvisionnement. Apprenez-en davantage sur ses travaux.

Pour en savoir plus au sujet du groupe d’intérêt stratégique sur la mondialisation, la gouvernance et le développement durable dont fait partie Sara Hajmohammad, consultez le site de Telfer.


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