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Par Lidiane Cunha

Le gouvernement du Canada a pris des mesures sans précédent pour juguler la flambée de COVID-19 et protéger la population du pays. Les mesures de distanciation physique constituent sans aucun doute une importante stratégie d’atténuation, mais bon nombre de Canadiens et de Canadiennes vivent difficilement cette distance.

Du jour au lendemain, beaucoup d’employés ont dû commencer à travailler de la maison, assumer de nouvelles tâches et composer avec la fermeture des écoles et des garderies. D’autres vivent des incertitudes sur le plan financier, puisque la crise de COVID-19 frappe l’économie. Quelles sont les incidences de cette nouvelle réalité personnelle et professionnelle sur la santé mentale et comment les entreprises peuvent-elles soutenir leurs employés en ces temps incertains ?

Pour répondre à certaines de ces questions, nous nous sommes entretenus avec Jennifer Dimoff, professeure adjointe à l’École de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa. Ses recherches portent sur le rôle que les gestionnaires jouent pour favoriser la santé mentale au travail. Elle fait également partie de l’équipe de recherche qui a reçu une subvention Possibilité de financement canadienne pour une intervention rapide contre la maladie à coronavirus 2019 des Instituts de recherche en santé du Canada. Cette équipe, composée de chercheurs de l’Université Saint Mary’s, de l’Université d’Ottawa, de l’Université Cape Breton et de l’Université Mount Allison, examinera la réaction des entreprises devant l’éclosion de COVID-19 et la façon dont leurs pratiques, leurs politiques et leurs communications encouragent ou freinent les comportements sains chez leur personnel. Les chercheurs donnent à penser que les employeurs ont également un rôle à jouer en matière de santé publique.

1. Selon vous, quelles seront les incidences de la réalité avec laquelle les Canadiens doivent composer au cours de la crise de COVID-19 sur la santé mentale des employés ? Quelles sont les principales difficultés auxquelles ils se butent ?

Tous les employés se butent et se buteront à des difficultés hors du commun en raison de la flambée de COVID-19, et celles-ci seront sans aucun doute exacerbées chez les employés qui ont des enfants d’âge scolaire ou qui s’occupent d’autres membres de leur famille qui n’ont plus accès à des soins. Malgré tout, pour bon nombre de gens, les exigences professionnelles sont les mêmes. Je suis mère d’un enfant en bas âge; cette situation a beaucoup d’écho chez moi. Voilà un terreau fertile pour les conflits entre la vie personnelle et le travail, ainsi que pour le stress qui s’ensuit, ce qui accroît les risques de tensions, d’épuisement et de problèmes de santé mentale.

L’insécurité d’emploi est également le lot de beaucoup d’employés. Les pertes d’emploi et le chômage sont évidemment liés à une hausse des risques pour la santé mentale. Cependant, le gouvernement fédéral réagit d’une façon extraordinaire par la mise en place de prestations pour aider les employés qui perdent leur emploi ou qui ne sont pas en mesure de travailler en raison de la fermeture des garderies et des écoles. Toutefois, lorsqu’une personne vit un niveau élevé de stress, elle est parfois incapable de le reconnaître et d’aller chercher les ressources qui sont à sa disposition. Il est important que les employés qui ont besoin de ces ressources y aient recours — elles sont là pour ça.

2. L’obligation de garder une distance physique risque d’avoir des conséquences néfastes sur la santé mentale des employés. Comment les employeurs et les supérieurs peuvent-ils les aider à composer avec ces difficultés ?

Les situations extraordinaires exigent des réactions extraordinaires, mais également humaines. Les employeurs et les supérieurs doivent d’abord et avant tout traiter leurs employés comme des personnes. Les gestionnaires peuvent encourager les formes de socialisation sécuritaires, en ligne, entre les employés en vue de favoriser le moral et la santé mentale du personnel. L’isolement risque de nuire gravement à la santé mentale; il est donc important de rappeler aux employés qu’il est essentiel d’interagir virtuellement avec ses amis et sa famille, notamment en organisant des rencontres en ligne qui sortent du quotidien pour apporter de l’humour et du positif en ces temps incertains et démoralisants. Il est essentiel de se sentir connecté avec les autres actuellement. Ce sentiment contribuera à protéger la santé mentale et le bien-être des employés.

3. De quelle façon les entreprises peuvent-elles faire la promotion de la santé mentale auprès de leur personnel à l’heure actuelle ?

  • Les employeurs peuvent admettre qu’il n’est pas toujours possible de travailler comme si de rien n’était et qu’il est possible qu’ils doivent faire certaines concessions à court terme pour assurer la pérennité et la prospérité de l’entreprise en plus de veiller à la réussite à long terme des employés.
  • Ils peuvent faire en sorte que les gestionnaires de première ligne soient dotés des outils nécessaires pour communiquer avec les employés et offrir des mesures d’adaptation, par exemple, la réduction des heures de travail ou la modification de l’horaire.
  • Ils peuvent faire activement la promotion de la santé psychologique en rappelant aux employés qu’il est important de garder une bonne forme physique — faire de l’exercice, aller à l’extérieur dans la mesure du possible, manger sainement et faire des activités reposantes.

4. Que conseillez-vous aux gestionnaires de première ligne pour soutenir leur équipe pendant la crise actuelle ?

  • Un gestionnaire conciliant en est un qui communique périodiquement avec son équipe, prend des nouvelles de ses employés, leur communique sa gratitude et s’assure qu’ils savent qu’ils sont valorisés. Il est essentiel d’exprimer son appréciation dans des moments comme ceux que nous traversons.
  • Les gestionnaires peuvent fournir aux employés les ressources et les outils qui leur permettront de faire leur travail efficacement et en toute sécurité, notamment un logiciel de télétravail ou un accès à un réseau privé virtuel pour les employés qui travaillent de la maison, ou des dispositifs de protection et une formation sur l’hygiène ainsi que les soins personnels pour les employés qui doivent continuer de se rendre au travail.
  • Il sera également crucial d’offrir des formations pour faciliter la courbe d’apprentissage aux employés dont les tâches sont modifiées. Par exemple, un centre d’appel a décidé de faire travailler ses employés de la maison, mais, pour être efficaces, ceux-ci doivent avoir accès à des lignes téléphoniques terrestres — ce qui n’est pas le cas de beaucoup d’entre eux. Résultat : l’employeur a commandé des téléphones fixes, les a fait livrer chez ses employés et a payé les services connexes, afin que son personnel puisse travailler de la maison en toute sécurité.
  • Pandémie ou non, les gestionnaires peuvent être une bouée de sauvetage de soutien et d’information pour les employés.
La professeure Dimoff

Jennifer Dimoff est une professeure adjointe à l’École de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa. Dans ses recherches, elle s’intéresse principalement aux recoupements qui existent entre le leadership, la santé et la sécurité au travail ainsi que la formation et le perfectionnement des employés.


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