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Par Lidiane Cunha

Depuis plus d’un mois, au Canada et ailleurs dans le monde, les aînés doivent composer avec une dure réalité en raison des mesures sanitaires strictes, comme l’éloignement physique, qui ont été mises en place pour protéger les plus vulnérables contre la flambée de COVID-19. Cependant, si leur santé physique est actuellement en jeu, leur bien-être social et mental demeure aussi une grande préoccupation.

Bien utilisées, plusieurs nouvelles technologies peuvent changer grandement la vie des aînés pendant la crise de la COVID-19, notamment les outils de suivi et de prise en charge de leur état de santé et les plateformes qui leur permettent de communiquer avec leur famille et leurs amis. Mais est-ce difficile de faire profiter les personnes âgées de ces technologies ? Deux chercheurs de l’École de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa se sont intéressés à la façon dont les technologies d’information sur la santé et de communication aident les aînés à surmonter les difficultés liées à l’éloignement physique.

Conséquences indésirables de la distanciation physique

Même si elles sont extrêmement nécessaires en ces temps hors du commun, les mesures de distanciation physique risquent d’avoir des conséquences indésirables sur les aînés du pays. « L’éloignement physique des personnes âgées risque-t-il d’entraîner un isolement social et, subséquemment, d’accélérer la détérioration de leur santé mentale et leur fragilité ? » se demande Mirou Jaana, professeure titulaire à l’École de gestion Telfer. Elle fait remarquer qu’en raison des interactions limitées que les aînés ont avec le reste de la société, il est important de suivre de près toute variation de leur état de santé général, en particulier chez les personnes âgées fragiles et qui souffrent de maladies chroniques ou de problèmes de santé mentale.

Avantages

Les dispositifs de télésurveillance des maladies chroniques, les outils de téléconsultation, les technologies de détection des chutes, les applications de santé sur les appareils intelligents et plusieurs autres technologies de l’information sur la santé peuvent aider les patients âgés à prendre leur santé en charge, à conserver leur autonomie et à améliorer leur santé physique et psychologique. Dans ses recherches, la professeure Jaana s’intéresse à une variété de technologies  qui pourront aider les patients âgés à rester en contact avec les fournisseurs de soins et leurs aidants.

Elle explique : « Les technologies de l’information sur la santé peuvent servir à aviser les aidants naturels et les fournisseurs de soins de tout changement dans l’état de santé d’une personne âgée, mais aussi, en cette époque inouïe, il est possible de miser sur la technologie pour maintenir les contacts avec les aînés, les stimuler mentalement et assurer une présence et briser l’isolement. »

« La capacité de communiquer et de rester en contact avec ses proches est essentielle au bonheur et au bien-être », explique Michael Mulvey, professeur adjoint à l’École de gestion Telfer et collaborateur de recherche à l’Institut de recherche LIFE. Il fait partie d’une équipe de chercheurs qui s’intéressent aux questions du vieillissement et de la qualité de vie. « Une visite, voire une visite virtuelle, aide à garder le moral et mettre un peu de variété dans son quotidien », ajoute-t-il.

En plus d’encourager les relations sociales, certaines de ces technologies favorisent l’autonomie des aînés en leur permettant de faire partager leurs expériences de vie et leurs connaissances pendant une période où leur sagesse serait précieuse pour les communautés. « Appareils en main, les personnes âgées qui se trouvent dans des établissements de soins de longue durée peuvent rendre visite à des gens de partout, explique le professeur Mulvey. Elles pourraient même se rendre dans des salles de classe pour faire une présentation à des élèves ou donner un cours à l’université. »

Difficultés

Toutefois, il est possible que les personnes âgées n’aient pas facilement accès à ces technologies. « La plupart des maisons de retraite n’ont pas l’équipement ni l’infrastructure, comme une connexion Wi-Fi fiable, à offrir à leurs résidents. Cette tâche revient aux amis et aux membres de la famille qui les visitent », déclare le professeur Mulvey.

Ensuite, même dans les contextes où les aînés ont accès à ces différentes technologies, comme une tablette ou un appareil intelligent, il arrive qu’ils ne les utilisent pas d’une façon optimale pour suivre leur état de santé et interagir avec les autres. Dans une vaste enquête nationale réalisée au Canada dans le cadre d’une récente recherche, la professeure Jaana a observé une énorme disparité entre la connaissance et l’utilisation de ces technologies chez les aînés :

  • 83 % des personnes interrogées avaient entendu parler des appareils intelligents ou prêts-à-porter, comme les montres et bracelets intelligents, mais seulement 12 % en possédaient au moins un ou en utilisaient;
  • 50 % des aînés utilisaient une tablette ou un téléphone intelligent, mais seuls 20 % téléchargeaient des applications mobiles (essentiellement des applications de santé).

« En outre, il semble que, même si les aînés connaissent les nouvelles technologies, ces outils ne sont pas utilisés de façon à leur permettre d’interagir et d’échanger de l’information avec les aidants naturels et les fournisseurs de soins », explique la professeure Jaana.

Solutions possibles

Malgré l’abondance des technologies de santé et leurs avantages potentiels, le faible taux d’utilisation par les aînés indique que des changements sont nécessaires. La professeure croit que, entre autres facteurs, les obstacles imposés par les politiques et les restrictions liées au remboursement ont alimenté cette situation. Toutefois, la crise actuelle pourrait bien accélérer l’utilisation de ces technologies.

« La crise de la COVID-19 a modifié une situation qui perdurait dans le système de santé en ce qui a trait au remboursement des visites médicales virtuelles, explique la professeure. La mise en place par le gouvernement de nouveaux codes de facturation pour les visites virtuelles constitue un pas important qui, je l’espère, marquera le début d’un temps nouveau dans la prestation de soins de santé en général et des soins aux aînés en particulier. »

Le professeur Mulvey explique : « De nombreux chercheurs visent à trouver des solutions aux problèmes sous-jacents qui existent dans les soins aux personnes âgées. Par exemple, deux de mes collègues chercheurs à l’Institut LIFE ont lancé un programme pour étudier des solutions qui permettront d’améliorer les soins aux aînés pendant et après la crise de la COVID-19. »

Soutien des entreprises aux personnes âgées

Par ailleurs, des entreprises technologiques sont à mettre au point des solutions innovatrices pour aider les personnes âgées à mieux composer avec l’isolement social pendant la crise de la COVID-19. Fondée en 2016 par Elizabeth Audette-Bourdeau, diplômée de Telfer, Welbi conçoit des logiciels pour aider les directions des loisirs de maisons de retraite à mobiliser quotidiennement leurs résidents. Cette entreprise d’Ottawa songe également à améliorer son logiciel de programmation de bien-être afin de mieux l’adapter au contexte de distanciation physique.

Pour en savoir plus sur Welbi.

 


Mirou Jaana

Mirou Jaana est professeure titulaire et directrice du programme de doctorat à l’École de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa. Ses recherches portent sur l’informatique de la santé et la gestion des soins de santé. Pour en savoir plus.

 

Michael Mulvey

Michael Mulvey est professeur adjoint (permanent) à l’École de gestion Telfer et collaborateur de recherche à l’Institut de recherche LIFE. Ses recherches portent sur la façon dont les produits, les marques et les comportements acquièrent une signification personnelle pour le consommateur. Pour en savoir plus.

 


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