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Par Rania Nasrallah-Massaad

La pandémie de COVID-19 aura des répercussions à long terme. Au-delà de la tourmente économique, de nombreuses personnes demeureront aux prises avec des problèmes de santé physique et mentale. On insiste depuis le départ sur les mesures de santé publique pour prévenir la propagation du virus. Or, partout sur la planète, le port du masque, la distanciation physique, l’isolement social et la peur de contracter le virus ont des conséquences alarmantes sur la santé mentale.

Beaucoup croient que nous traversons une crise en santé mentale. Cela dit, quels ont été les effets de la pandémie sur les services dans ce secteur? L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) rapporte une hausse de la demande d’aide en santé mentale, précisant que « la pandémie de COVID-19 entraîne des perturbations ou une interruption des services de santé mentale essentiels dans 93 % des pays ». Les 130 pays sondés ont tous proclamé l’urgence d’accroître le financement en ce sens. Le directeur général de l’OMS presse d’ailleurs les dirigeantes et dirigeants mondiaux d’« agir rapidement et résolument pour investir davantage dans des programmes de santé mentale qui sauvent des vies, pendant et après la pandémie ».

On ne saurait nier l’effet dévastateur de la COVID-19 sur l’accès aux services de santé mentale. Les services de soutien par les pairs ont eux aussi été perturbés. Les pairs aidants et paires aidantes apportent un soutien indispensable aux personnes éprouvant des problèmes de santé mentale. Ils ont surmonté des épreuves similaires et s’appuient sur leur vécu pour épauler et renseigner celles et ceux qui traversent une période difficile.

Pendant la pandémie, la transition aux interactions virtuelles a retiré de l’équation l’élément humain, un défi majeur dans une situation déjà délicate où tant repose sur le contact et la confiance. Certains avancent toutefois que la prestation des services de soutien sur plateforme virtuelle les rend plus accessibles. Pour maintenir un service de qualité pendant et après la pandémie, nous avons donc intérêt à mieux comprendre la qualité et l’efficacité des services virtuels de soutien par les pairs.

En quoi consiste le projet de recherche?

La professeure Samia Chreim a reçu une subvention d’engagement partenarial du Conseil de recherches en sciences humaines pour étudier l’effet de la pandémie de COVID-19 sur les services de soutien par les pairs. En partenariat avec Psychiatric Survivors of Ottawa, un organisme qui œuvre dans ce secteur, la professeure Chreim et la doctorante Elmira Mirbahaeddin se pencheront sur les expériences des fournisseurs, bénéficiaires et gestionnaires de services virtuels de soutien par les pairs pendant la pandémie. Elles s’intéresseront aussi aux stratégies utilisées pour composer avec les difficultés et les occasions qui se sont présentées.

Quel est l’organisme partenaire en question?

Psychiatric Survivors of Ottawa est un organisme à but non lucratif qui offre sans frais des services de soutien par les pairs aux personnes éprouvant des problèmes de santé mentale ou de dépendance, en plus de venir en aide à leurs proches. Fondé en 1991 par et pour des personnes ayant fait appel au système de soins en santé mentale, l’organisme de proximité se voulait au départ une communauté d’entraide et de représentation. Toujours dirigé par ses membres, il a depuis structuré son approche pour offrir ses services dans les hôpitaux d’Ottawa et travailler avec des partenaires communautaires. Il forme aussi des utilisateurs et utilisatrices du système qui, contre rémunération, font œuvre pédagogique en matière de rétablissement auprès de leurs pairs.

Qui bénéficiera de ce projet de recherche?

Ce projet mettra en lumière le travail des pairs aidants et paires aidantes pour favoriser la santé mentale. Les données recueillies éclaireront les gestionnaires des services de soutien par les pairs quant aux besoins du personnel et des bénéficiaires en contexte de crise mondiale, nommément en lien avec la virtualisation des services.

Les ajustements d’ordre individuel, organisationnel et technologique qui pourraient en découler permettraient d’améliorer ces services virtuels et d’aider les gestionnaires à se doter de stratégies pour aussi mieux épauler les proches aidants. Les décisionnaires seront quant à eux en mesure d’évaluer l’utilité des programmes et de déterminer lesquels conserver au-delà de la pandémie, ce qui profitera à l’ensemble de la société.

Les services de soutien par les pairs pourraient être modulés en fonction des préférences des bénéficiaires et du personnel et devenir une solution permanente, élargissant ainsi l’accès à ce type de service – une avenue non négligeable en contexte de crise de santé mentale.

En quoi un partenariat avec la communauté enrichit-il la recherche universitaire et la formation aux cycles supérieurs?

Étudiante Elmira Nous avons demandé à Elmira Mirbahaeddin, la candidate au doctorat qui travaille à cette étude, ce qui la motivait à participer à ce projet. « Le soutien par les pairs est une ressource négligée dans le système de soins en santé mentale, a-t-elle signalé. Les pairs aidants et paires aidantes contribuent à déstigmatiser les problèmes de santé mentale et se servent de leur vécu pour améliorer la vie d’autrui. Pourtant, leur précieuse expertise demeure sous-utilisée et n’est souvent pas reconnue à sa juste valeur dans l’appareil de soins. »

Quant à ce qu’elle espère retirer du projet et de sa collaboration avec l’organisme partenaire, elle explique : « J’aspire à démontrer le véritable potentiel des pairs aidants et paires aidantes en contexte de crise comme la pandémie de COVID-19. Notre travail avec Psychiatric Survivors of Ottawa a mis au jour un manque de données sur ce point. Ce partenariat, c’est une superbe occasion de réaliser des recherches porteuses ayant un impact concret sur la société. C’est aussi pour moi une expérience d’apprentissage très utile. »


Professeure Chreim

Samia Chreim est professeure titulaire et professeure Ian Telfer en études des organisations à l’École de gestion Telfer où elle est également Professeure Ian Telfer en études des organisations. Ses recherches dans portent sur la dynamique du changement à différents niveaux, sur la collaboration intraorganisationnelle et interorganisationnelle, et sur le leadership. Apprenez-en davantage sur ses travaux.

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