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Quel est le défi?

Les étagères vides dans les supermarchés comme Costco ou Loblaws offrent une très bonne image du défi auquel le système de santé est susceptible d’être confronté à mesure que la situation évolue. Les tablettes sont vides en raison d’une augmentation soudaine et incontrôlée de la demande que les supermarchés et leurs fournisseurs n’ont pas la capacité de satisfaire. Bien que la plupart des chaînes d’approvisionnement des supermarchés soient optimisées pour faire face à de légères pointes de la demande, il est impossible de réapprovisionner les étagères assez rapidement dans les circonstances actuelles. Le système de soins de santé est conçu à peu près de la même façon, tout en étant moins bien préparé en ce qui a trait aux activités quotidiennes. Tout pic non négligeable de la demande de services perturbera considérablement le système et entraînera des pénuries.

C’est pourquoi tout le monde parle d’« aplatissement la courbe », une expression mise en vogue par Anthony Fauci, directeur de l’Institut national de l’allergie et des maladies infectieuses des États-Unis. En deux mots, en aplatissant la courbe, les pays essaient de ralentir la propagation de la COVID-19 pour que le nombre de cas cesse de dépasser la capacité de prise en charge de leur système de santé. Malheureusement, de nombreux pays n’ont pas réussi à ralentir la progression du virus, de sorte que les représentants de la santé sont obligés de rationner les services.

Le professeur Michalowski

« Beaucoup pourraient dire que notre système de santé n’est pas préparé à une flambée épidémique de coronavirus, mais comprenez-moi bien. Aucun système de santé du monde n’est vraiment conçu pour composer avec de tels événements », indique Wojtek Michalowski, vice-doyen (recherche) et professeur en informatique de la santé à l’École de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa. « En raison de l’extrême rareté des pandémies, le renforcement des capacités du système de santé nécessiterait de nouveaux investissements notables, ce qui entraînerait un gaspillage ou la sous-utilisation d’une quantité non négligeable de ressources dans des conditions normales », ajoute-t-il.

Incidence probable de l’éclosion de COVID-19 sur le système de santé du Canada

Le professeur Michalowski pense qu’il est important de se rappeler que le système de santé ne peut pas tout d’un coup se concentrer uniquement sur les services mis en place pour composer avec l’épidémie de COVID-19, car ce qu’on estime urgent en ce moment ne le sera pas pour une longue période de temps :

« Les gens continueront de contracter d’autres types de maladies comme la grippe, il faudra continuer de pratiquer les opérations et les patients atteints de cancer auront encore besoin de leurs traitements. À court terme, les patients qui n’ont pas besoin de soins urgents seront les plus touchés et les temps d’attente pour ces services augmenteront à mesure que les ressources seront réaffectées à l’endiguement de la flambée de COVID-19. »

La flambée de cette maladie pourra également poser des défis importants aux établissements de soins tertiaires, sinon aux unités hospitalières qui offrent des services médicaux hautement spécialisés, comme les chirurgies cardiaques et l’hémodialyse. La flambée pourra aggraver la pénurie de lits, d’équipements spécialisés et de professionnels de la santé dans les hôpitaux.

La crise aura également une incidence sur la façon dont les organismes de santé gèrent les problèmes de capacité en soins actifs. Actuellement, les organismes de santé ont déjà du mal à transférer rapidement les patients qui n’ont plus besoin de traitement d’urgence vers un cadre de soins communautaires mieux adapté, comme le domicile, un logement autonome ou un établissement de soins de longue durée. Au cours d’une flambée, le prolongement inutilement long du séjour hospitalier de ces patients exercera une plus grande pression sur le système et, au final, compromettra la qualité des soins destinés à ceux qui ont vraiment besoin de traitements d’urgence.

Comment les organismes de santé peuvent composer avec la crise

« Il n’existe pas de démarche optimale pour résoudre le problème, mais la réponse de Santé publique Ottawa est appropriée. Elle travaille à « aplatir la courbe » en suivant avec vigilance les nouveaux cas. Sur le plan opérationnel, le principal problème consiste à réduire la demande de services dans les salles d’urgence. C’est pourquoi les représentants de la santé publique ont ouvert le nouveau Centre d’évaluation COVID-19 à l’Aréna Brewer », explique le professeur Michalowski.

Comment l’École Telfer peut contribuer à soutenir le système de santé

Le professeur Sauré
« La mise au point de modèles analytiques sophistiqués peut aider les organismes de santé à trouver les politiques et les dispositions organisationnelles les plus efficaces pour s’adapter à une nouvelle réalité », dit Antoine Sauré, professeur adjoint à l’École de gestion Telfer. « Toutefois, le manque de données à l’appui de la mise au point de tels modèles pour les interventions d’urgence et les opérations de secours aux sinistrés reste un des principaux défis. Les urgences ne sont pas toutes pareilles, ce qui rend ardue la mise au point de modèles de prévision précis. Dans ce contexte, les modèles de simulation peuvent contribuer grandement à l’évaluation de l’incidence de différentes politiques dans des scénarios incertains. » 

 

Par exemple, on ne sait pas avec certitude si un seul centre d’évaluation aura la capacité nécessaire pour régler le problème lorsque la demande d’évaluations de COVID-19 croîtra. C’est ici que les travaux de recherche de l’École Telfer sur la planification de la capacité en soins de santé et sur les opérations d’intervention d’urgence pourront aider les organismes de santé à déterminer le nombre et l’emplacement des centres d’évaluation dont la Ville aura besoin.

La crise est également susceptible d’obliger le système de santé à pallier rapidement les retards dans la mise en congé des patients qui n’ont plus besoin de soins actifs. Les chercheurs de l’École Telfer peuvent mettre au point des modèles analytiques sophistiqués pour aider les organismes de santé à mieux planifier et gérer leur capacité lorsqu’elles transfèrent des patients d’une unité de soins actifs à un cadre de soins communautaires mieux adapté. Ces modèles pourront également soutenir les responsables des services hospitaliers et de la santé publique qui reflètent à la fois l’affectation des ressources et la demande de soins de longue durée des hôpitaux et de la collectivité..

« L’étape du rétablissement posera de nouveaux défis aux organismes de soins de santé, dans des domaines où il faudra poursuivre les travaux de recherche », de conclure le professeur Sauré.


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