À l’âge de 19 ans, Audrey-Claire Lawrence (MBA pour cadres, 1997) a commencé sa carrière comme enseignante à Rouyn-Noranda, à plus de 850 km de la ville de Québec, où elle vivait. À ce moment, elle ne pouvait se douter que ce n’était que le début d’un cheminement qui l’amènerait à repenser les systèmes de santé et d’éducation au Canada.

Enseigner dans une région éloignée du Québec a donné lieu à de nombreuses premières pour Mme Lawrence. En raison du manque d’accessibilité à l'éducation au-delà de la sixième année, les élèves d’origine Cris venaient de différentes communautés de la région de la Baie James; « C’était un environnement intéressant », se souvient Mme Lawrence. « Le Nord était très différent de la ville de Québec. À l’école, on voyait des enfants divisés entre Cris et locaux, mais tous s'intégraient bien en classe. »

Un jour, un dentiste envoyé par le ministère des Affaires autochtones et du Développement du Nord Canada (maintenant appelé Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord; Services aux Autochtones) est venue dans la classe de ses élèves pour ce qui a été présenté comme une visite de routine avec les enfants issus des communautés autochtones. Lawrence (née Swaffield) était confuse à l’époque, sachant qu’il y avait déjà un dentiste en ville, mais à cause de la déclaration officielle du dentiste, elle y a envoyé sa première élève. Au retour de la jeune fille, Lawrence était sous le choque : « Elle est revenue verte et elle avait l’air mal en point. » Le dentiste lui avait expliqué qu’il devait extraire 7 dents pour traiter les caries de la jeune fille. Après cela, Lawrence a immédiatement défendu au dentiste de s’approcher des enfants et a demandé au directeur de chasser le dentiste de l’école. « Je ne trouvais simplement pas ça logique, car un dentiste local aurait pu très bien s’occuper des enfants », a-t-elle ajouté.

Les conséquences de cet événement ont mené Lawrence à entreprendre un voyage pour comprendre le système concernant les relations entre les Autochtones et nos systèmes d’éducation de la santé. Elle-même d’ascendance crie et inuite, elle était déjà attentive à la cause des droits des Autochtones, mais depuis ce jour, elle savait qu’elle devait prendre position.

Partir en mission

Après l’obtention de plusieurs diplômes, Mme Lawrence est devenue une animatrice chevronnée, une conférencière motivatrice et une spécialiste du développement organisationnel. Elle a occupé des postes de gestion au sein du gouvernement, d’institutions d’éducation et de soins de santé, notamment comme directrice des services d’éducation à l’Hôpital d’Ottawa (au campus Civic à l’époque) et comme directrice de l’Association canadienne des technologues en radiation médicale.

Elle a aussi occupé des postes de direction au sein d’organismes nationaux, provinciaux et locaux qui s’occupent de développement organisationnel, de bibliothèques et de préoccupations touchant les communautés autochtones partout au Canada, y compris au Québec, en Ontario et en Nouvelle-Écosse. Auteure de plusieurs articles de revues et guides d’étude, Lawrence a présenté à de nombreuses conférences sur la sécurité culturelle, la diversité, l’humour en milieu de travail, la gestion du stress et du changement. Avant de prendre sa retraite, elle avait son propre cabinet de consultation offrant des services d'animation et d'organisation d'événements, adaptés aux besoins de ses clients.

En plus de sa maîtrise en administration des affaires de l’Université d’Ottawa, Mme Lawrence est titulaire d’une maîtrise en sociologie et comportement organisationnel de l’Université de Calgary, d’un baccalauréat spécialisé de l’Université McGill, ainsi que d’un diplôme en enseignement du Collège MacDonald. Elle est une facilitatrice Myers-Briggs et possède une vaste expérience dans la prestation de programmes de formation et de leadership.

Développer un esprit critique

Lawrence possède une vaste expérience en analyse des politiques, en rédaction de rapports et en planification stratégique. Elle attribue son succès dans ces domaines au temps qu’elle a passé en étudiant pour le MBA pour cadres à Telfer, qui s'appelait à l’époque la Faculté d’administration.

« L’un des cours dont je me rappelle le plus était donné par le professeur Raj Gandhi », raconte-t-elle. « Lorsqu’il a commencé son cours sur le rapport coût-bénéfice, il a dit en blague que la plus grande erreur que nous ayons commise a été de dépenser pour notre MBA alors que nous aurions dû acheter une maison. C’est un exemple simple, mais il vous amène à réfléchir sur la façon de développer notre sens critique et effectuer des analyses de coût-bénéfice. »

Lawrence a expliqué comment le programme l’a aidée à parfaire ses compétences : « Mon MBA m’a aidé à développer mon esprit critique ainsi que mes capacités de négociation entre collègues afin d’obtenir des résultats. » Elle a compris qu’avoir une approche systémique l’aiderait à changer les choses : « Lorsqu’on a de bonnes personnes, mais un mauvais système, les obstacles sont trop grands pour faire quoi que ce soit; le monde est déjà assez complexe. Quand vient le temps de repenser le système an ayant en tête ce qui peut être facilité, c’est à ce moment-là que le changement est possible. »

Mme Lawrence peut maintenant s’épanouir en tant que membre de la communauté des diplômés et diplômées de Telfer : « J’aime les séminaires et les possibilités d’apprentissage continu offertes par l’Université. Je pense que je détiens le record de la diplômée ayant le plus assisté à ses séminaires. », dit-elle candidement. Elle poursuit : « Si vous vivez une bonne expérience, cela vous permettra de construire un objectif d'apprentissage tout au long de la vie, et j'aime tout simplement apprendre. »

La carrière après la carrière

Officiellement retraitée et vivant à Ottawa, il serait impossible de croire que Mme Lawrence aurait tout laissé dans le passé. Elle s'est impliquée dans la communauté en faisant du bénévolat dans quelques organismes de santé et bibliothèques, notamment en tant que présidente de la Canadian Health Care Educators Association, ancienne présidente de la Ontario Library Board Association (OLBA), ancienne présidente de la bibliothèque publique de Cumberland (qui fait maintenant partie de la Bibliothèque publique d’Ottawa) et vice-présidente du Conseil de Service des bibliothèques du Sud de l’Ontario et du Volunteer Leadership Development Program de Bénévoles Ottawa.

« Je sais certainement comment me tenir occupée. Mon mari vous dirait que je passe plus de temps à faire du bénévolat maintenant que j'ai travaillé au cours de ma carrière! », s’exclame Lawrence.

Plus récemment, Audrey a siégé au Public Witness for Social and Ecological Justice Committee. Elle est maintenant coprésidente autochtone du All My Relations Circle du diocèse anglican d’Ottawa pour le travail sur la réconciliation, et siège au Conseil des gouverneurs du Collège Algonquin depuis 2017.

Défendre l'apprentissage à distance dans la communauté autochtone

Audrey-Claire Laurence and colleague at Algonquin College Convocation Audrey est depuis longtemps consciente des besoins en matière de soutien financier pour les étudiants universitaires et collégiaux, et en particulier pour les étudiants autochtones. Elle a donc créé une bourse spéciale pour les étudiants autochtones au Collège Algonquin en 2019. Puis, lorsqu’elle a appris qu’il n’y avait pas de bourses pour les étudiants inscrits à un programme en ligne, elle a récemment créé, en mai 2021, la Audrey Lawrence AC Online Bursary, la première bourse pour l'apprentissage à distance. Elle sera accordée aux étudiants qui font leurs études à temps plein et à temps partiel en ligne dans le besoin, suivant un deuxième don de 15 000 $ de Mme Lawrence.

Cette Online Bursary comprendra deux bourses de 6 000 $ pour les étudiants à temps plein, dont une de préférence destinée à un étudiant autochtone. De plus, trois bourses de 1 000 $ seront accordées à des étudiants à temps partiel.

Ayant été enseignante auprès d’élèves Cris au tout début de sa carrière, il semble tout simplement naturel pour Lawrence de redonner à la communauté et d’encourager l’apprentissage à distance : « Tout au long de ma carrière d’enseignante, j'ai été heureuse de pouvoir compter sur des cours par correspondance (processus d’apprentissage à distance à l’époque) pour obtenir mon diplôme. Je suis très sensible aux besoins de ceux qui font leurs études à distance », a-t-elle dit.

Audrey mentionne que, même si cela s’est produit il y a quelques décennies, l’écart dans la prestation de services essentiels, comme l’éducation, à la communauté autochtone demeure un problème d’actualité. « Au cours des 20 dernières années, peu de choses ont changé », a-t-elle dit. « On a relevé les disparités, mais on ne fait pas grand-chose pour les réduire au fond. Nous fournissons une infrastructure aux communautés, mais nous ne prenons pas le temps de nous assurer qu’elles aient le support opérationnel adéquat, et c’est un gros problème. » Elle conclut : « Au-delà du mea culpa, nous devons tirer des leçons du passé pour prendre des mesures positives et la chose la plus importante à faire avant tout est de demander à la communauté ce qu’il faut faire et comment il faut le faire. »