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par Lidiane Cunha

La professeure Barbara Orser et la diplômée Margo Crawford (MBA 1997) avancent que afin de bâtir une économie robuste et inclusive, il faut non seulement revoir les politiques du plan de reprise à caractère féministe du Canada, mais aussi mieux comprendre qui sont les dirigeants – et les dirigeantes – d’entreprise.

Des écueils pour les PME appartenant aux femmes

Selon une récente enquête de Statistique Canada sur la population active, le travail autonome a chuté à son plus bas depuis le début de la pandémie. Barbara Orser, professeure Deloitte en gestion des entreprises de croissance à l’École de gestion Telfer, estime que « la pandémie a mis au jour une certaine fragilité dans les gains sociaux et économiques réalisés par nombre de femmes et de groupes sous-représentés en entrepreneuriat. »

Margo Crawford, fondatrice et PDG de Business Sherpa Group, qui propose des services de gestion des affaires au Canada et aux États-Unis, remarque quant à elle que certaines entreprises pilotées par des femmes ont été épargnées par la pandémie, tandis que d’autres sont en difficulté. « Quelques-unes de nos clientes ont bénéficié de programmes publics d’aide financière aux entreprises, et de nombreuses autres prospèrent sans y avoir recours », note-t-elle.

Dans un article de Statistique Canada à propos des répercussions de la COVID-19 sur les entreprises appartenant majoritairement à des femmes, on a établi que les PME dirigées par des femmes sont plus susceptibles de modifier leurs produits ou services, de fermer temporairement leurs portes ou d’annuler des contrats pour s’adapter à la pandémie. Cela dit, une étude publiée par Freshbooks sur le même type de PME révèle que celles-ci mettent en moyenne deux fois plus de temps à se remettre des revers financiers attribuables à la pandémie.

Lutter contre les obstacles et les idées préconçues

Margo at a conference La pandémie a exacerbé les obstacles systémiques auxquels se frappent les femmes d’affaires. Selon Margo Crawford, bon nombre d’entrepreneures n’ont pas qu’à s’occuper de leurs entreprises et de leur personnel pendant cette épreuve; elles doivent aussi composer avec d’autres facteurs de stress à la maison. « La pandémie a démontré que l’équilibre domestique n’en est pas vraiment un, puisque les femmes continuent d’en faire plus à la maison », ajoute-t-elle.

Pour s’attaquer à ces obstacles systémiques, il est important de remettre en question les perceptions passéistes des femmes en entrepreneuriat. En tant que fondatrice d’une société de services professionnels interentreprises, Margo Crawford se lasse d’entendre dire que la plupart des entreprises dirigées par des femmes appartiennent aux catégories des services aux consommateurs et des services de mieux-être, et qu’elles servent surtout à maintenir un certain style de vie. « Peu de gens conçoivent qu’un grand nombre d’entrepreneures mettent sur pied des entreprises manufacturières, des services professionnels ou des franchises. »

Ces idées préconçues peuvent avoir des répercussions négatives sur les femmes d’affaires. « Lorsqu’elles cherchent du financement ou des appuis d’un autre ordre, elles doivent en faire plus pour démontrer qu’elles sont amplement capables d’édifier et de diriger différents types d’entreprises tout à fait profitables », ajoute-t-elle.

Des besoins en évolution

Dans son Énoncé économique de l’automne 2020, la vice-première ministre et ministre des Finances Chrystia Freeland a annoncé que la stratégie fédérale de reprise aurait un angle féministe. Chef de file en politiques internationales d’aide et de commerce féministe, le Canada est l’un des rares pays à s’être doté d’une stratégie pangouvernementale pour les femmes en entrepreneuriat. Selon cet énoncé, le programme féministe du gouvernement libéral s’étendra aussi aux politiques intérieures.

Pour Barbara Orser, « si l’on qualifie une politique de féministe, ça sous-entend que les politiques de reprise doivent refléter un engagement envers le renforcement du pouvoir économique des femmes et l’égalité des genres. » Elle estime aussi qu’au lieu de gonfler le nombre de PME appartenant à des femmes, les politiques féministes mises au point pour épauler les entrepreneures pendant la reprise doivent avant tout aider les entreprises existantes.

À quoi pourrait ressembler un plan de reprise sous le signe du féminisme

Barbara at a conference En adoptant un plan de reprise à caractère féministe, le Canada se donne l’occasion de renforcer ses écosystèmes entrepreneuriaux – à condition de mettre en place une stratégie nationale examinant toutes les politiques concernant les petites entreprises sous le prisme de l’intersectionnalité. « L’ajout de mesures ad hoc pour les groupes sous-représentés en entrepreneuriat, comme les femmes, les Autochtones et les personnes noires, n’est pas une solution à long terme », indique Barbara Orser.

Selon elle, ce plan féministe de reprise doit aussi « se donner une vision plus large de l’entrepreneuriat pour en faire non seulement une activité économique, mais un vecteur de changement social. » Cela signifie « venir en aide à tous les types d’entreprises, et non seulement à celles à forte croissance. »

Margo Crawford abonde dans le même sens : il faut redéfinir les indicateurs de réussite des PME. Comme bon nombre de programmes de soutien économique destinés aux entrepreneures s'appuient sur un modèle de réussite contrastant avec la plupart des PME, on ne peut les qualifier d’inclusifs. « Par exemple, l’entreprise d’une femme peut être très prospère en réalisant des gains modestes, mais stables. Ce type d’entreprise n’est peut-être pas admissible à certains programmes de financement axés sur l’accélération, la croissance rapide ou l’internationalisation », dit-elle.

Recommandations pratiques

Pour arrêter un plan de reprise à la fois robuste et inclusif, la professeure Orser recommande ce qui suit :

  • Prendre acte des écarts de pouvoir (genrés ou autres) dans les écosystèmes entrepreneuriaux au Canada, y compris au sein des organes financiers, d’enseignement et de développement économique, en reconnaissant le nombre disproportionné d’hommes chez les investisseurs, les instructeurs et les modèles à suivre, tout comme le vocabulaire masculin employé pour parler d’entrepreneuriat.
  • Investir dans l’écosystème entrepreneurial canadien, y compris dans la formation et les services-conseils pour les petites entreprises, et faciliter l’accès aux contrats fédéraux.
  • Rattacher l’aide fédérale aux petites entreprises, au développement économique et aux organisations novatrices à un engagement manifeste des entrepreneurs issus de la diversité envers leur clientèle.
  • Dans la Stratégie pour les femmes en entrepreneuriat du Canada, remplacer l’objectif de doubler le nombre d’entreprises appartenant à des femmes à l’horizon 2025 par des mesures pour venir en aide aux PME existantes et appuyer leur croissance.
  • Fixer des cibles pour l’octroi de contrats fédéraux aux personnes sous-représentées en entrepreneuriat, au-delà des marchés réservés pour les personnes autochtones et noires.
  • Rendre compte publiquement des soumissions et des contrats octroyés aux personnes sous-représentées en entrepreneuriat, y compris aux entreprises appartenant majoritairement à des femmes.

Pour corriger les perceptions erronées à propos des chefs d’entreprise, Margo Crawford recommande ce qui suit :

  • S’intéresser à l’ADN des PME pour comprendre quels sont leurs besoins aux différents stades de maturité et de croissance.
  • Définir des indicateurs de réussite – et donc d’aide aux PME – au-delà des mesures traditionnelles comme la création nette de nouveaux emplois et les exportations.
  • Reconnaître qu’une entreprise florissante peut compter un nombre d’effectifs stable, connaître une croissance rentable modeste bien que continue, et contribuer substantiellement à l’économie canadienne.
  • Prendre acte des contributions des femmes et valider des modèles de réussite et de leadership qui reflètent la réalité des PME. Le leadership au féminin peut favoriser une réussite durable, et tant les hommes que les femmes peuvent s’en inspirer.
  • Combattre les préjugés défavorables concernant les femmes en entrepreneuriat.

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Orser

Barbara Orser est professeure titulaire à l'École de gestion Telfer. Elle est aussi professeure Deloitte en gestion des entreprises de croissance. Ses recherches, son enseignement et sa mobilisation se concentrent sur l’entrepreneuriat, la croissance des entreprises et l’autonomisation économique des femmes. Apprenez-en davantage sur ses travaux.

Margo Crawford

Margo Crawford est la fondatrice et PDG de Business Sherpa Group, qui propose des services de gestion d'entreprise auprès d'une clientèle composé de 500 PMEs au Canada et aux États-Unis.

 

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