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Martine Spence Des entrepreneurs orientés vers le développement durable en Afrique, même ceux qui considèrent les pratiques responsables comme la voie à suivre pour la société à grande échelle, ont besoin de voir ces pratiques renforcées et soutenues, constatent les chercheurs en gestion du développement durable. Mais ce soutien ne peut pas être offert d’une façon uniforme. Les programmes de mise à niveau en développement durable doivent être adaptés à la sensibilité des entrepreneurs à l’égard des valeurs de responsabilité environnementale, sociale et sociétale ainsi que des pratiques de gestion locales.

« Les pratiques en développement durable occidentales ne prennent pas nécessairement en compte les pratiques innées et les limites des entreprises établies dans les pays en développement » affirme la professeure Martine Spence, vice-doyenne (recherche) de l’École de gestion Telfer. Toutefois, ces mêmes entreprises subissent des pressions intenses pour mettre en œuvre ces pratiques, et bien souvent cela devient un préalable à leur intégration dans des chaînes de valeur mondialisées. « Ceci exige que l’on étudie de plus près le développement durable dans un contexte international en mettant l’accent sur les pratiques de gestion de chaque pays notamment quand elles concernent le développement durable », ajoute-t-elle. Ce type d’approche permet de mettre en lumière des caractéristiques entrepreneuriales et organisationnelles spécifiques ainsi que le contexte socioculturel propre à chaque entreprise, et ce, tout en analysant leur engagement à l’égard du développement durable, selon la professeure.

Il existe parfois des différences profondes dans ces caractéristiques. Dans de nombreux pays d’Afrique, c’est l’entrepreneuriat communautaire qui prévaut et les propriétaires d’entreprises se sentent naturellement responsables non seulement de leur propre famille et de leurs employés, mais aussi des familles de leurs employés et de la famille élargie à laquelle ils sont liés par leur ethnicité, leur langue et leur religion. Pour paraphraser les propos d’un chercheur, ce que l’on appelle en occident la responsabilité sociale des entreprises, fait partie pour un propriétaire d’entreprise en Afrique, de l’étiquette d’affaires sociale normale. Ainsi, l’aide sociale offerte par ces entreprises est non seulement intégrée à la culture, mais elle offre aussi un filet de sécurité là où la capacité des organismes publics à cet égard est faible.

Pas de modèle universel

Ceci n’est qu’un exemple de facteurs contextuels qui sont ressortis des cas du Cameroun et de la Tunisie que Mme Spence et ses cochercheurs ont analysés dans le cadre de leur étude internationale des fondements de l’entrepreneuriat durable qui comprenait aussi le Canada. Remettre les entreprises dans leur contexte socioculturel et institutionnel est indispensable pour étudier et comparer les pratiques de gestion des petites entreprises et les interpréter correctement, en particulier dans le cadre du développement durable. « Les expliquer au travers d’une lunette essentiellement occidentale, ne ferait que dénigrer certaines pratiques fort pertinentes utilisées ailleurs et qui contribuent à notre apprentissage collectif », explique Mme Spence. Cependant, malgré des différences contextuelles considérables, les trois pays présentaient un éventail complet d’attitudes entrepreneuriales relatives au développement durable. Quel que soit l’environnement dans lequel ils opèrent, certains entrepreneurs sont visionnaires, pleinement engagés à l’égard du développement durable et prêts à y investir; d’autres sont familiers avec la cause, mais incertains des stratégies à adopter; et d’autres encore sont indifférents ou ne se sentent pas concernés. Les entrepreneurs engagés peuvent toutefois être poussés par des motifs différents pour investir dans le développement durable – la compétitivité au Canada, la capacité à saisir les occasions d’affaires en Tunisie et des considérations sociales au Cameroun.

Par conséquent, une démarche normalisée visant l’adoption par les propriétaires de petites entreprises de comportements durables irait à l’encontre des valeurs de certains entrepreneurs et serait contre-productive à l’intérieur même de chaque pays, et a fortiori entre les pays. Ainsi, les divers programmes dont l’objectif est de soutenir l’adoption de pratiques durables et d’éduquer doivent être adaptés aux motifs de l’entrepreneur, au degré d’ouverture des entreprises au développement durable, aux pratiques socioculturelles existantes et aux priorités des pays.

« Le débat sur ce que doit englober l’entrepreneuriat durable dans un contexte international s’est enrichi au cours des dernières années », explique Mme Spence. « Il n’en demeure pas moins que le point de vue des propriétaires-dirigeants de PME a tendance à être négligé dans la discussion. » Cela est regrettable, compte tenu le rôle qu’ils jouent dans l’intégration des pratiques de développement durable dans leur pays. Les entrepreneurs engagés doivent non seulement être encouragés dans leurs efforts, mais doivent aussi être présentés comme des modèles pour le reste de la société. D’autre part, cette étude ouvre de nombreuses opportunités de recherche. Par exemple, des entrevues qualitatives et comparatives parmi les secteurs seraient très utiles, celles-ci aideraient à mieux expliquer les différences de comportements ainsi que les facteurs contextuels, selon Mme Spence. « Les chercheurs peuvent également effectuer des études ethnographiques sur chaque type d’entrepreneur afin de mieux comprendre les différences culturelles ».

La recherche a été publiée dans la revue Journal of Business Ethics.

© 2019 École de gestion Telfer, Université d'Ottawa
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