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Le rôle économique des entreprises familiales est primordial dans le monde entier. D’ailleurs, selon Family Enterprise Xchange, les entreprises familiales emploient plus de six millions de personnes et contribuent pour plus de 60 % au PIB au Canada.

Vous connaissez probablement de nombreuses entreprises familiales, de la petite épicerie du coin à quelques-unes des plus grandes entreprises du monde, comme BMW, IKEA, Walmart et, plus près de chez nous, Bombardier, pour ne nommer que celles-là.

Si certaines entreprises familiales prospèrent pendant plusieurs générations, d’autres ne sont que de courte durée. « En moyenne, 30 % des entreprises familiales sont transmises à la deuxième génération, mais à peine 12 % d’entre elles atteignent la troisième », explique Peter Jaskiewicz, professeur à l’École de gestion Telfer.

Le professeur Jaskiewicz et son équipe de recherche étudient sur les raisons pour lesquelles un si grand nombre d’entreprises familiales échouent ainsi. Pour ce faire, ils se penchent sur la nature unique des entreprises familiales, i.e. sur le souhait de plusieurs dirigeants d’entreprises familiales de la transmettre aux générations suivantes.

« Nous voulions savoir si ce désir particulier de maintenir une entreprise en activité sur plusieurs générations — que nous appelons l’intention transgénérationnelle — améliorait son rendement. Nos résultats nous ont vraiment surpris. »

Il semble que le rendement d’une entreprise familiale diminue lorsque ses propriétaires souhaitent vivement la léguer à leurs enfants. Les résultats des travaux du professeur Jaskiewicz ont eté publiés dans la prestigieuse revue Entrepreneurship Theory and Practice.

 « Mes enfants sont les plus intelligents et les plus beaux »

Il n’est pas rare que les parents trouvent que leurs enfants sont les plus intelligents et les plus beaux. Malheureusement, ce parti pris envers leurs enfants ne mène généralement pas aux meilleures décisions d’affaires lorsque des propriétaires d’entreprise familiale insistent pour la transmettre à la génération suivante.

Les propriétaires qui font participer leurs enfants à la gestion de l’entreprise doivent se demander si leur désir de transmettre leur entreprise obscurcit leur jugement et nuit à leur capacité de prendre la bonne décision pour leur entreprise. Leurs enfants sont-ils aussi compétents qu’un gestionnaire professionnel hautement qualifié et expérimenté ne faisant pas partie de la famille ? Seront-ils renvoyés s’ils ont un piètre rendement ou s’ils ne sont pas à la hauteur du poste qui leur est confié ?

« La présence d’un préjugé familiale favorable auprès des propriétaires pourrait aller à l’encontre d’une prise de décision stratégique », ajoute le professeur Jaskiewicz.

Le seuil à partir duquel les gestionnaires familiaux nuisent à l’entreprise

Selon le professeur Jaskiewicz et son équipe, le rendement d’une entreprise semble diminuer lorsque plus de 25 % de leurs getionnaires sont issus de la famille des propriétaires et que ceux-ci désirent ardemment passer les rênes de l’entreprise à la génération suivante.

« Dans les entreprises familiales fortement désireuses de transmettre l’entreprise à la génération suivante, le fait d’augmenter le nombre de gestionnaires familiaux de un à deux dans une équipe de trois personnes réduira vraisemblablement la rentabilité à venir de l’entreprise d’environ 20 % », affirme le professeur Jaskiewicz.

Quand le désir de transmettre le flambeau a une incidence positive

Le professeur Jaskiewicz et son équipe reconnaissent les avantages de l’intention transgénérationnelle au sein des entreprises familiales. « Lorsque les propriétaires d’une entreprise familiale désirent léguer l’entreprise à leurs enfants, ils sont plus enclins à faire des investissements prudents et à long terme en vue d’assurer la santé financière de l’entreprise sur une période de 20 ou 25 ans », explique-t-il.

Mais fait intéressant, l’étude montre que les entreprises familiales ayant une majorité de gestionnaires non familiaux sont les plus susceptibles d’obtenir le meilleur rendement lorsque les propriétaires de la famille souhaitent transmettre l’entreprise à la génération suivante.

Conseils aux propriétaires d’entreprises familiales

Peter Jaskiewicz plaide en faveur d’une intention transgénérationnelle tant qu’elle s’accompagne d’une équipe de gestionnaires non familiaux qui gère les décisions stratégiques en cours de route.

« Les propriétaires d’entreprises familiales doivent comprendre que les gestionnaires non familiaux constituent un atout incontestable. Au sein des entreprises familiales où le désir de transmettre l’entreprise à la génération suivante est présent, les gestionnairs non familiaux sont encouragés à faire des investissements à long terme et en plus ils bénéficient d’une distance vis-à-vis de la famille qui en fait sorte qu’ils sont peu affectés par les préjugés familiaux. Ainsi, ils sont souvent les mieux positionner pour prendre des décisions concernant les membres de la famille », d’expliquer le professeur.

Il conseille donc aux entreprises familiales de « maintenir un juste équilibre entre l’intention transgénérationnelle et la prise de décision objective, en faisant appel à des gestionnaires non familiaux ». De cette façon, la génération suivante aura plus de chances, le temps venu, de prendre les rênes d’une entreprise familiale en pleine santé.

Professor Jaskiewicz

Hoffmann, C., Jaskiewicz, P., Wulf, T., and Combs, J. (2017). The Effect of Transgenerational Control Intention on Family-Firm Performance: It Depends Who Pursues it. Entrepreneurship Theory and Practice.

© 2019 École de gestion Telfer, Université d'Ottawa
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